Dérailleurs

Circuler à vélo autour des grands giratoires

RP Côte de Nacre

Les grands giratoires sont souvent une des hantises des cyclistes périurbains et un frein à l’usage du vélo. Pour y remédier, les aménageurs ont parfois tenté d’y tracer des bandes cyclables à droite de l’anneau (rond point du Débarquement à Caen). Las ! Les cyclistes allant tout droit s’y font couper la route par les voitures qui quittent le giratoire. Ils ont aussi essayé d’installer des pistes cyclables en périphérie de l’anneau (rond-point Côte de Nacre à Caen)… Mais en obligeant les cyclistes à s’arrêter à toutes les intersections pour laisser passer un flot ininterrompu de voitures, ils n’ont fait bien souvent que renforcer les difficultés … Et pourtant, il pourrait y avoir un monde idéal à peu de frais : 

Les cyclistes sont des conducteurs de véhicules, et doivent à ce titre respecter le code de la route. Cependant, il existe des articles du code de la route concernant les priorités vis à vis des pistes cyclables. Ainsi, l’article R415-14 du Code de la route indique que : « Pour l’application de toutes les règles de priorité, une piste cyclable est considérée comme une voie de la chaussée principale qu’elle longe, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. » Une application « normale » de cet article voudrait que les pistes cyclables longeant une chaussée prioritaire soient elles aussi prioritaires. Malheureusement, pour de mauvaises raisons de prétendue sécurité, les « autorités investies du pouvoir de police » (en général les maires) usent et abusent de « dispositions différentes » et obligent les cyclistes à céder le passage à tous les autres véhicules à chaque intersection, parfois même en marquant l’arrêt (stop). Cette pratique est souvent à l’origine de situations dangereuses, et quand elle ne met pas le cycliste en danger, elle le place toujours en position d’infériorité et en fait un responsable de fait en cas de collision. En outre, elle pousse les cyclistes aguerris à déserter les pistes cyclables pour gagner en rapidité et en confort. Ce n’est pas normal, et il faudrait revenir à une application stricte de cet article : les « dispositions différentes » doivent être l’exception, réservées à des situations particulières (cas d’une piste éloignée de la chaussée qu’elle longe, par exemple).

Les articles R 415-3 et R 415-4 ont le même objet : ils indiquent que tout conducteur quittant une route, tant vers la droite (R 415-3) que vers la gauche (R 415-4), « doit céder le passage aux cycles et cyclomoteurs circulant dans les deux sens sur les pistes cyclables qui traversent la chaussée sur laquelle il va s’engager. » Ces articles sont particulièrement intéressants, car, contrairement au précédent, ils ne prévoient aucune « disposition différente ». Cela réduit considérablement la portée de l’article R 415-14 et crée des situations très ambigües lorsque les « autorités investies du pouvoir de police » ont installé « cédez le passage » ou « stop » sur des pistes cyclables longeant des routes prioritaires à proximité d’intersections, et en particulier sur les pistes ceinturant des giratoires.

Considérons le cas d’une piste cyclable autour d’un giratoire. Actuellement, l’habitude veut que les cyclistes cèdent la priorité à toutes les branches quittant ou entrant sur l’anneau. Or, en application de l’article R 415-3, ils sont pourtant TOUJOURS prioritaires sur les véhicules sortant du giratoire. On constate donc que « l’autorité » se place en « insécurité juridique » en demandant aux cyclistes de céder la priorité à tous les véhicules, entrant et sortant : elle ne peut le demander que pour les véhicules entrant.

A l’inverse, en l’absence de panneaux de priorité sur la piste cyclable, le code de la route pourrait s’appliquer pleinement : l’article R 415-3 donnerait la priorité aux usagers de la piste sur les véhicules sortant, et l’article R 415-14 la leur donnerait sur les véhicules entrant. Les cyclistes seraient ainsi placés sur un pied d’égalité avec les piétons, qui disposent souvent dans ces configurations d’un passage protégé parallèle à la piste, ainsi qu’avec les usagers circulant sur l’anneau principal du giratoire. La situation serait plus simple et lisible pour tous, il y aurait moins de panneaux … Et les grands giratoires deviendraient enfin des aménagements pratiques et sécurisants pour les cyclistes !… Alors, mesdames et messieurs les représentants de « l’autorité investie du pouvoir de police », et si, tout simplement, vous appliquiez la loi ?

Pour aller plus loin sur le sujet vous pouvez lire :

… et la suite en photos :

Pour illustrer cet article de Jérôme, j’ai enfourché mon vélo et pris ces quelques photos de rond-points pas trop loin de chez moi. On n’y voit pas beaucoup de voitures, c’était le lundi de Pentecôte. André-Pierre.

Rond-Point du Clos Barbey : un exemple de giratoire avec bande cyclable à l'extérieur de l'anneau

on voit clairement au sol comment la bande cyclable est coupée par les voitures (et les cyclistes parfois coincés par ces mêmes voitures).

Un peu en marge. Ici la bande cyclable est régulièrement bloquée par les bus à l'arrêt. Dans d'autres pays on aurait une piste cyclable passant derrière l'abri-bus.

Rond-point du Débarquement : difficile de se faire respecter sur l'anneau cyclable par les véhicules sortant.

Rond-point Côte de Nacre : anneau extérieur. Sur cette branche du rond-point, deux "cédez le passage" bien marqués.

Sur cette autre branche, vous devrez céder le passage quatre fois ...

Heuh non, trois fois ! Regardez bien : un "cédez le passage" aux véhicules venant de gauche puis ... rien pour les véhicules venant de droite.

Sur cette vue opposée, rien pour la première traversée. Rien non plus pour la deuxième traversée. Juste un stop pour le tram. Vous avez dit dangereux ?

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