Dérailleurs

A propos des coussins berlinois

Tout est parti d’une discussion entre cyclistes…

– « Et vous, ça ne vous gêne pas les coussins berlinois ?

–  ?… ?

– Mais si, vous savez, les coussins berlinois, on dit aussi « pavés » berlinois. Ce sont ces ralentisseurs qui n’occupent qu’une partie de la chaussée : ils marchent en général par deux, un dans chaque sens …

… On devrait pouvoir passer à côté, justement, pour éviter la bosse, comme avec les « gendarmes couchés ». Mais souvent l’espace est réduit à droite, et on risque de toucher le trottoir avec la pédale, moi je trouve ça dangereux…

– Moi, ce qui me gêne, ce sont les côtés : ils sont inclinés. Dès que le temps est humide, ça glisse. Et sous la neige, on ne les voit plus. Je suis déjà tombé !

-Mouais. Mais l’avantage, c’est que ça fait ralentir sérieusement les voitures !

– Tu trouves ? Les voitures les passent à 30/40 minimum. Ca fait surtout ralentir les vélos, oui ! Si tu ne peux pas passer à côté, c’est vraiment une contrainte forte. Et parfois, ils sont en mauvais état, la marche est haute, les morceaux se déboitent…

– Moi, je trouve ça plutôt bien. Le problème, c’est que les grosses voitures genre 4×4 peuvent passer sans ralentir, comme les bus, et que les autres essaient d’en faire autant et roulent au milieu de la route pour passer entre les deux bosses…

– Ca coûte cher, ce genre de truc ?

– J’en ai près de chez moi. Contrairement aux ralentisseurs classiques, ils ne sont pas signalés par de la peinture, et la nuit, on ne les voit pas…

– Est-ce que c’est règlementaire ? »

Tiens, oui, au fait : bonne question … Tentons d’y voir un peu plus clair, et de nous élever au-dessus du pavé…

1) Où peut-on installer des ralentisseurs ?

Le Code de la route (article R1) a des réponses précises sur ce point : exclusivement en agglomération, sur les aires de service ou les chemins forestiers, et seulement si les conditions suivantes sont réunies :

  • trafic inférieur à 3 000 véhicules/jour,
  • trafic poids lourds inférieur à 300 véhicules/jour,
  • pas sur les lignes de bus régulières,
  • pas sur les voies desservant des centres de secours,
  • en agglomération : à plus de 200 m des limites et/ou d’une section limitée à 70 km/h (ou plus ?),
  • pas dans des virages de rayon inférieur à 200 m ou à moins de 40 m de tels virages,
  • sur des pentes inférieures à 4%,
  • pas sur des ouvrages d’art ou à moins de 25 m d’un ouvrage d’art,
  • uniquement dans des zones limitées à 30 km/h ou dans des zones 30.

2) Quelles conditions d’implantation doivent-ils respecter ?

  • ne pas nuire à l’écoulement des eaux,
  • ne pas présenter de danger pour les piétons ou pour les véhicules à deux-roues,
  • ne peuvent pas être isolés : ils doivent être combinés entre eux (distance de 150 m maxi), ou avec d’autres aménagements de réduction de la vitesse,
  • les ralentisseurs trapézoïdaux comportent obligatoirement des passages piétons,
  • avec une signalisation réglementaire,
  • a une distance du bord de la chaussée comprise entre 70 cm et 1,20 m pour les « coussins berlinois ».

Il existe un guide du CERTU : « le guide des coussins et plateaux », qui édicte les « règles de l’art ».

3) Combien ça coûte ?

Un coussin berlinois coûte entre 1 000 et 2 000 euros, hors pose et signalisation. Le coût est estimé peu élevé par rapport à d’autres dispositifs de gestion du trafic, et les frais de maintenance quasi-inexistants.

4) Avec quel matériau ?

Le décret n° 94-447 du 27 mai 1994 et la norme NF P98-300 du 16 mai 1994 apportent des précisions. En fait, on constate la vente de coussins en caoutchouc vulcanisé manquant d’adhérence, et ne répondant pas aux normes. La question a été posée à l’Assemblée Nationale et publiée (avec la réponse) au JO du 8/12/2009. C’est clair : les dispositifs ne tenant pas bien au sol, et les dispositifs ne garantissant pas de bonnes conditions d’adhérence (caoutchouc vulcanisé en particulier) ne sont pas homologués. Leur emploi engage la responsabilité pénale personnelle du gestionnaire de voirie.

Retournons maintenant au ras du bitume…

Tout ce qui permet de ralentir les véhicules motorisés devrait être favorable aux cyclistes et à leur sécurité. Lorsqu’un ralentisseur est plus pénalisant, voire dangereux, pour les cyclistes que pour les automobilistes, c’est qu’il ne remplit pas son rôle.  L’aménagement de zones 30 est une bonne chose. L’usage de coussins berlinois dans ce cadre doit n’être qu’une solution parmi d’autres. A chaque situation doit correspondre une solution adaptée, et réglementaire. Dans ce contexte, l’intérêt du coussin est double :

  • permettre d’implanter un ralentisseur sur les rues fréquentées par les lignes de bus (qui n’en ressentent pas les effets : la loi est respectée de fait)
  • permettre aux cyclistes de ne pas supporter les contraintes d’un aménagement qui ne leur est pas destiné (ils roulent au plus à la vitesse à laquelle on tente de faire ralentir les autres : il ne faut pas qu’ils ralentisent davantage, sinon va substister un différentiel de vitesse préjudiciable à la sécurité)

Nous devons donc exiger, une fois encore, l’application de la réglementation, avec trois points essentiels :

1) L’usage de matériels homologués, correctement posés et entretenus. Il est inadmissible de voir des coussins berlinois glissants, désarticulés, avec une marche trop haute. Rappelons aux maires (ce sont eux les plus grands gestionnaires de voirie, qui pensent s’acheter avec les coussins une politique de « sécurité routière » à peu de frais…) que leur responsabilité pénale est engagée…

2) Une pose conforme, et prenant en compte la véritable destination des ralentisseurs. L’espace entre le bord droit et le trottoir doit au minimum être de 70 cm. C’est la loi ! Il est souvent réduit pour permettre la pose de deux coussins sur la largeur de la chaussée. Ce n’est pas acceptable et d’autres solutions sont envisageables. On peut « décaler » les coussins. On peut créer un « gendarme couché » plutôt que deux coussins(ça sera finalement moins dangereux pour les cyclistes que de les inciter à rouler tout contre le trottoir, et d’inciter du même coup les automobilistes à zigzaguer our éviter au maximum l’aménagement sans ralentir). On peut surtout réfléchir à des entrées de zones 30 plus marquées (rappelons qu’ils sont là pour faire ralentir, et que 30 est le maximum sur les passages équipés) : pourquoi pas des sas, limitant le passage à une voie (et un seul coussin), avec passage alternatif des véhicules, ou priorité à l’un des sens. Ce système permettrait de laisser un espace à droite supérieur à 70 cm, et donc de laisser passer les remorques à vélo ou les tricycles…

3) Une signalisation réglementaire. Lorsque ces conditions (c’est à dire finalement la loi, rien que la loi, dans sa lettre comme dans son esprit) seront respectés, les cyclistes n’auront pas à discuter de la pertinence des coussins berlinois. On en est hélas encore loin…

 

Illustrations. Crédit photo Jérôme, André-Pierre.

A Mathieu, sur la D141 en venant de Biéville. L’emplacement est limite : le panneau d’entrée d’agglomération a été repoussé cette semaine, et on doit être tout près des 200 m. Avant c’était juste à l’entrée… Il faudrait vérifier mais sûrement plus de 3000 véhicules/jour.

Surtout : coussin a priori non homologué (c’est du caoutchouc), très glissant, mal posé (marche très haute), mal attaché au sol (les plaques sont disjointes et la végétation pousse !), et bien trop près du trottoir. On y passe sans problème à 40 en voiture (c’est limité à 30). A vélo, mieux vaut ne pas dépasser 10 km/h, et être très attentif par temps de pluie. Il est bien plus inconfortable et dangereux que les « gendarmes couchés » pourtant souvent non réglementaires eux aussi (trop hauts) utilisés ailleurs dans cette même commune …

5 commentaires sur A propos des coussins berlinois

  • sierra

    J’ai bien faillit tomber sur un de ces coussins à Fleury sur Orne en face de la Mairie juste avant de rentrer ds le bourg rue Serge Rouzière et j’aime pas trop ceux de la rue Branville à Caen, mais bon ça a le mérite de faire ralentir nos chers collègues à 4 roues et en fait je suis pour tous ce qui nui à l’automobile. Je précise que je n’ai rien contre le véhicule en lui même mais plutôt à l’âne derrière le volant, je sais c’est pas gentil pour les ânes. Bonne semaine à tous.

  • LeGall

    A la sortie de Colleville Mongomery en direction de Ouistreham il y en a un qui prend toute la largeur de la route en ne laissant que quelques cms sur le coté . Est-ce légal? Il faut vraiment viser juste pour passer . Dans le sens Ouistreham Colleville il se trouve en bas de la descente !!!
    Quelle responsabilité si on est accidenté sur un tel coussin ? Sera t-il suffisament moelleux pour amortir la chute ?

  • Jérôme

    Oui, je connais ce ralentisseur à Colleville. Il est vraiment dangereux ! Du reste, il existe à Colleville de nombreux aménagements routiers non réglementaires et dangereux, et par exemple les stops sur la piste cyclable en front de mer ou la bande cyclable reliant le Bourg et la mer, obligatoire (a priori sans arrêté et sans avis du préfet : j’ai demandé et jamais obtenu de réponse…) et d’une largeur inférieure à 1 m.
    On ne peut pas considérer que ce ralentisseur soit un coussin berlinois puisqu’il occupe toute la largeur de la chaussée : c’est un ralentisseur classique, mais préfabriqué.
    Il faudrait vérifier si la vitesse est limitée à 30 et s’il est à plus de 200 m de l’entrée d’agglo (je pense que oui)
    Il faudrait vérifier qu’il n’y a pas de ligne de bus régulière passant par là , et/ou si la circulation est inférieure à 3 000 véh/jour et 300 pl/jour : dans le cas contraire, il n’est pas réglementaire
    Ensuite, deux éléments à prendre en compte : l’homologation du matériau (j’ai des doutes) et la hauteur (ou le rapport largeur/hauteur?) (j’ai de sérieux doutes !)
    Surtout, il est clairement dangereux pour les deux-roues. Et de ce point de vue, c’est clair, il n’est pas réglementaire !
    Mais il faut le prouver ! En cas d’accident, il sera possible de s’appuyer sur la « jurisprudence Hermanville », puisque cette commune vient d’être condamnée suite à la chute d’une cycliste à cause d’un nid de poule.
    Ce qu’on pourrait souhaiter (voeu pieux) c’est que certains maires écoutent les avis des usagers, et des cyclistes en particulier, au lieu de penser que le pouvoir de police qu’ils détiennent et la légitimité de leur élection leur donne une expertise sur tout et des pouvoirs au-dessus des lois et règlements.

  • Sylviane

    Je ne connaissais pas le mot.
    Il y en a plusieurs rue des rosiers à cause de l’école qui s’y trouve. Il est difficile de passer sur le côté droit…alors on est tenté de passer au milieu, mais c’est assez dangereux avec les voitures qui arrivent en face. Passer dessus est assez inconfortable. Les voitures essaient absolument de nous doubler entre deux coussins, il faut faire attention.

    Rue Edmond Gombeaux au calvaire St Pierre, ils ne gênent pas dans le sens montant car il y a une piste cyclable à contre sens protégée par des plots au sol. Mais quand on est dans le sens de circulation, avec les voitures qui sont garées à droite, on est obligé de rouler dessus.

    Bravo à la piste cyclable boulevard Dunois. Elle est large et bien protégée.

  • Christine

    Je suis bien d’accord avec toi et passe très souvent par la rue des Rosiers malgré la gêne que représentent ces coussins : on peut d’autant moins passer à la droite de ces coussins qu’il y a des barrières devant le collège St Joseph.

    Il y a des coussins berlinois également sur la route qui traverse Epron à partir du campus jusqu’au carrefour de la Folie (bar de l’Europe). Ils ne sont pas trop bossus mais les automobilistes, du coup, n’hésitent pas à foncer pour les passer in extremis et doubler l’odieux cycliste qui les gêne. Là aussi, il y a des barrières pour empêcher les voitures de doubler et, de mémoire, il y a une succession de 3 coussins. Un endroit très désagréable à parcourir.