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La signalisation directionnelle pour les cyclistes

Le « jalonnement », c’est ainsi que parlent les pros, en distinguant la « signalisation directionnelle » qui guide les usagers de la route de la « signalisation de police » qui donne les règles.  Le jalonnement est un élément très important dans une politique cyclable, même, et peut-être surtout, en-dehors des aménagements cyclables à proprement parler. La situation est particulièrement délicate pour les cyclistes en transit arrivant dans une agglomération inconnue : ils sont amenés à suivre les panneaux existants, destinés aux automobilistes, et risquent bien souvent  d’être conduits vers des autoroutes et autres périphériques qui vont  allonger les parcours, être dangereux, voire interdits. Mais elle est aussi délicate pour les locaux dès qu’ils s’écartent de leurs itinéraires habituels, ou pour les adeptes irréguliers du vélo, qui hésitent à s’engager sur des pistes cyclables à la destination aléatoire, ou méconnaissent des itinéraires pratiques et tranquilles.

En Europe. Une bonne signalisation directionnelle permet de construire des itinéraires complets.
 Il existe des exemples alléchants à l’étranger. Un article sur ce site a présenté le système néerlandais (Jalonnement aux Pays-Bas et en Flandre). On peut citer aussi le très bon système de jalonnement allemand. La Suisse, le Royaume-Uni, le Danemark ont des jalonnements cyclables d’un bon niveau. On trouve de manière plus aléatoire des jalonnements bien conçus, mais souvent à destination exclusivement touristique, dans d’autres pays européens (République tchèque, Slovénie…)

Dans le Calvados, la situation évolue favorablement, mais le compte n’y est toujours pas. Il y a très peu de  jalonnement en-dehors des aménagements cyclables. Sur les pistes et voies vertes, on commence à voir apparaître quelques panneaux, en général à l’initiative du Conseil Général, mais ce jalonnement est souvent insuffisant. Cependant, les dernières réalisations (véloroutes Pont l’Evêque-Deauville, Arromanches-Bayeux par exemple) sont très acceptables.

Recommandations. Le Certu (organisme dépendant du Ministère de l’écologie) a fait le point en février 2013 sur la signalisation cyclable. En attendant une nouvelle version de son guide « signalisation des aménagements et itinéraires cyclables », il a édité une fiche pratique gratuite (N°28, février 2013) téléchargeable sur son site (Signalisation directionnelle à l’attention des cyclistes – 3,5 Mo). Il plaide avant tout pour la réalisation d’un schéma directeur  « adapté et cohérent ».

Il faut planifier des itinéraires cyclables complets en tenant compte des pratiques (cyclotourisme à longue distance, déplacements de proximité) et des demandes des cyclistes (rapidité, facilité, confort, sécurité). Sur ces itinéraires, le jalonnement spécifique n’est pas réservé aux seuls aménagements cyclables, mais vient en complément du jalonnement existant : si la meilleure solution pour les cyclistes est d’emprunter un itinéraire déjà signalé par les panneaux « ordinaires », il est inutile de les doubler par des panneaux spécifiques.

Des panneaux spécifiques. Ces panneaux spécifiques sont appelés dv (directionnel vélo). Ils sont verts sur fond blanc, accompagnés d’un pictogramme vert représentant un cycliste. Ils doivent être compréhensibles, et pour cela porter le plus souvent possible des mentions de directions explicites et régulièrement rappelées. On ne peut pas se contenter d’un simple panneau portant un logo « vélo » et une flèche : en-dehors de quelques rappels sur un itinéraire, ces panneaux n’ont pas d’intérêt. On peut citer Courseulles ou Lion sur mer comme d’excellents contre-exemples de ce qu’il convient de faire. Un nom d’itinéraire, ou une mention (exemple : « voie verte ») sont également insuffisants. Idéalement, on trouve deux mentions : la commune la plus proche et la commune de destination. Autant que possible, ces mentions sont accompagnées d’indications de distances fiables. En agglomération, le choix des mentions est plus délicat. Ainsi, que conviendrait-il d’indiquer à Caen : des noms de quartiers ? des communes limitrophes ? des grandes directions (Bayeux, Falaise…) ? des lieux identifiables (gare, mémorial,…) ? Le choix (car il doit y en avoir un) n’est pas simple…

Des logotypes d’itinéraire. Pour améliorer les choses, il est désormais possible d’ajouter à ces panneaux des logotypes identifiant des itinéraires. Certains d’entre eux sont définis : il s’agit des itinéraires européens d’une part, et des véloroutes nationales conçues par France Vélo Tourisme d’autre part. Les itinéraires européens doivent officiellement être indiqués sous la forme d’un logo carré bleu présentant en chiffres blancs le numéro de l’itinéraire entouré de 12 étoiles dorées (les lecteurs les plus perspicaces auront reconnu là un rappel au drapeau européen). Devrait être ainsi jalonné chez nous l’ensemble des aménagements du littoral qui font partie de l’Eurovéloroute 4. Les itinéraires nationaux devraient, eux, recevoir un logo présentant leur numéro en vert sur fond d’une carte de France stylisée. C’est le cas chez nous de la véloroute 43, Ouistreham-La Rochelle, et donc de la nouvelle voie verte de la Suisse normande : la pose des panneaux est imminente, suivront-ils ces nouvelles règles ? Le suspense à ce jour reste entier, le conseil général nous ayant répondu qu’une réflexion était en cours … Les véloroutes régionales, ou les itinéraires locaux, ne sont pas définis, mais le CERTU recommande de les doter du même type de logo, en suggérant astucieusement que les « boucles » soient indiquées par un logo rond pour les distinguer. A la différence des numérotations routières (A13, D675…), il s’agit d’identification d’itinéraires : on peut donc en trouver plusieurs sur le même panneau. Ainsi devrait-on voir entre Ouistreham et Bénouville : EV4 et V43.

Continuité et rabattement. La continuité du jalonnement est très importante, et le « rabattement » doit être bien conçu. Ainsi, à Mathieu ou à Ouistreham, nous réclamons en vain depuis des années la pose de quelques panneaux manquants dont l’absence amène de nombreux cyclistes à emprunter la deux fois deux voies alors qu’existent des aménagements cyclables corrects … De même, à Blainville sur Orne, avons nous regretté l’absence de toute signalisation vers le chemin de halage.

Les plus technophiles objecteront que le développement des systèmes de navigation GPS permet de plus en plus de s’affranchir de l’absence de panneaux. Ce n’est pas faux, mais l’équipement  reste coûteux et l’usage pas toujours facile à vélo, même s’il est désormais possible d’alimenter récepteurs GPS et téléphones via les dynamos de moyeux. En attendant une hypothétique généralisation de moyens de positionnement individuels (faut-il au reste la souhaiter ?), la mise en place de panneaux offre un autre avantage de taille : elle marque la présence des vélos dans le paysage, elle incite à la découverte, des itinéraires bien sûr, mais, bien mieux, du mode de déplacement lui-même …

Quelques exemples (Crédit photos Jérôme)

Sur l’île de Rügen (Allemagne) : même à ses  limites septentrionales, l’Allemagne a mis en place un jalonnement clair, complet, lisible, destiné tant aux touristes qu’aux déplacements locaux.

Sur les bords de la Vire (Manche) : la mention « Saint Lô » aurait coûté le même prix, mais aurait eu davantage d’intérêt !

Véloroute de la Moselle près de Thionville. La proximité de l’Allemagne pousse à la comparaison. Ici c’est bien, mais là-bas, c’est encore mieux !

Tour du Lubéron, à Forcalquier. Panneaux non normalisés, peu explicites et peu lisibles. Dommage : le circuit est magnifique !

Véloroute Pt l’Evêque Deauville. Le panneau dv complète la signalisation générale, la distance est indiquée : c’est bien !

Véloroute Arromanches-Bayeux. Itinéraire bien jalonné. Malheureusement, le « rabattement », tant à Arromanches qu’à Bayeux, n’est pas signalé : on peut donc passer à côté si on ne connaît pas son existence …

Au hasard de mes voyages (Crédit Photo André-Pierre)

Etape oenologique entre Chalon sur Saône et Beaune. On y verrait très bien le logotype « Tour de Bourgogne »

Jalonnement urbain à Örebro, en Suède.

Aux Pays-Bas, le long de la véloroute Lf1.

En République Tchèque, véloroute de l’Elbe vers Prague

En Autriche

En Allemagne, le long de l’Isar vers Münich. Noter ici la présence de logotypes d’itinéraires accrochés sous le panneau directionnel.

En Autriche, le long du Danube, peu avant Vienne. Noter le logotype de l’Euro-véloroute N°6

2 commentaires sur La signalisation directionnelle pour les cyclistes

  • article très complet sur cette problématique en tête de tout les cyclistes qui voyagent. En effet, le plus souvent on doit se référer à des panneaux de signalisation pour les voitures mais ils sont généralement pas à hauteur de yeux des cyclistes. Ainsi, à l’instar de pays comme l’Allemagne, des efforts devraient être fais en France.

  • Très intéressant article sur une thématique trop souvent oubliée de la politique vélo…