Dérailleurs

Ifs you can dream


« Ifs ne doit pas se transformer en cité de bobos, avec des pistes cyclables partout et des habitants qui mangent bio. » (propos d’Arnaud Fontaine rapportés par Ouest-France, 16/10/2013)

Nous voilà prévenus : si d’aventure la liste conduite par M. Fontaine (actuellement conseiller municipal à Ifs et conseiller régional), candidat PS aux élections municipales à Ifs l’emportait, l’article L228-2 du Code de l’environnement ne serait pas plus appliqué dans cette commune qu’il ne l’a été jusqu’alors …

Ifs est pourtant la troisième ville de Caen la Mer : elle a des devoirs en matière de déplacements.

Quelques pistes cyclables ont été construites dans les années 1990. Ironie de l’histoire, les maires de l’époque étaient successivement MM Moulin, puis Slama, ce dernier se présentant aujourd’hui sur la liste d’A. Fontaine …

Pas de quoi crier au génie cependant : les « Dérailleurs » de l’époque n’avaient pas réussi à faire entendre leurs critiques sur les principes retenus (pistes bidirectionnelles en site propre sur les trottoirs posant différents problèmes : entrées et sorties difficiles, gestion des intersections dangereuses, conflits avec les piétons, inconfort pour les cyclistes – bordures de trottoirs par exemple …)

La municipalité actuelle n’a quant à elle pas eu de politique visible en matière de déplacements, et les rares aménagements réalisés ces dernières années ont souvent enfreint le code de la route et/ou n’ont pas respecté les « règles de l’art ». On citera par exemple une « fantastique » piste qui débute sur un trottoir et se termine sur un sens interdit, une bande cyclable à double sens (interdit par le Code de la route !) ou un trottoir improprement baptisé « voie verte ».

Bref : ce n’était pas terrible, et c’est pire…

La candidature d’Ifs a d’ailleurs été proposée à plusieurs reprises au titre du « Clou rouillé ».

Nous n’avons pas connaissance des propositions des autres candidats ifois en matière de déplacements. Entre le « on fait un peu et mal » de la majorité actuelle et le « on ne fera plus rien » de M. Fontaine, on peut craindre que le débat électoral ne soit pas à la hauteur des enjeux.

Au-delà, l’amalgame opéré par M. Fontaine entre « pistes cyclables » et « bobos » mérite aussi un commentaire. Au travers de ces propos transparaît une image du vélo comme moyen de déplacement particulièrement malvenue, et une idée de l’urbanisme archaïque :

  • Pour le centre ville, les riches en grosses voitures et les bobos à vélo.
  • Pour la périphérie, les classes moyennes en voitures (moyennes ?) et les pauvres en bus.

C’est ce qu’on semble nous dire en filigrane, et c’est inquiétant.

Espérons que les campagnes électorales qui commencent nous permettent d’entendre des propos plus intéressants…

Rappel en photos de quelques réalisations ifoises. Crédit photo Dérailleurs.

Ifs : 21/06/2011 et hop, encore un trottoir.

Fin de piste à Ifs : à gauche le périph (interdit aux vélos), à droite un sens interdit (interdit aux vélos), tout droit un trottoir (interdit aux vélos). On va où ? Tant pis, je fais demi-tour …

J’ai donc fait demi-tour, et au bout du demi-tour voilà ce qu’on appelle le bout de piste, sans doute, dans l’aéronautique. Au-delà, il faut avoir pris assez de vitesse pour appuyer sur le manche et décoller par-dessus les barrières …

7 commentaires sur Ifs you can dream

  • Jérôme

    En regardant à nouveau ces photos, je me dis que je me suis peut-être trompé sur le sens des propos de M. Fontaine. Peut-être, en élu responsable, a-t-il remarqué que les aménagements cyclables de sa commune étaient dangereux, et que les rares cyclistes qui s’y aventuraient y récoltaient des « bobos ». Il aurait donc fait l’amalgame entre « piste cyclable » et « bobos », et refuse pour ses concitoyens des aménagements dangereux.
    Dans ce cas, rassurons-le : il est possible de faire d’Ifs une vraie « ville cyclable », et, pour y parvenir, la « piste cyclable » à la mode ifoise n’est pas, en effet, la bonne méthode !
    Donc, si M. Fontaine veut des cyclistes sans bobos, qu’il nous appelle : nous saurons le conseiller !

  • Sébastien

    Bravo Jérôme pour ton commentaire ( et ton humour ) . J’adhère 😉

  • sierramatch

    Ifs le seul truc que j’aime ds cette commune c’est la forêt et d’ailleur pendant des années j’y ai fait mon jogging, mais les pistes cyclables ont tjrs étés des plus folkloriques. Ah! Ah! Ah!

  • André-Pierre

    Le titre de l’article « Ifs you can dream » fait rérérence au premier vers du poème de Rudyard Kipling « IF » popularisé par Bernard Lavilliers … et qui se termine par « Tu seras un homme mon fils ».

  • Denis

    Oui, conseillez-le ! Nous voulons circuler à vélo et manger bio ! Mais nous voulons aussi que les (morceaux de) pistes dangereux (datant majoritairement d’avant 2008) disparaissent (pas facile d’être entendus, je vous promets) au profit de vraies pistes conçues et construites en collaboration avec des usagers du vélo !

  • Arnaud Fontaine

    La mise en corrélation entre la « mode du bio » et la bicyclette vont très souvent de pair avec l’embourgeoisement d’une ville… Dire cela ce n’est pas avoir une vision archaïque mais même résolument moderne. Plutôt que de parler de bobo j’aurai du parler de Hipster en fait, mais je doute fort que cela aurait parlé à la plupart des gens. Mon propos n’était pas de stigmatiser les cyclistes bien au contraire c’était de regretter que le vélo (comme le bio) devienne parfois plus un accessoire de mode et plus un affichage idéologique qu’un moyen de déplacement. À Ifs, el Denis L. le sait très bien on n’a pas vraiment amélioré lors de ce dernier mandat, la sécurité en ville pour les cyclistes et cela empêche beaucoup de gens d’opter pour le vélo alors qu’il pourrait économiser de l’argent et participer à la défense de l’environnement.
    Pour reprendre le trait d’humour de Jérôme et pour montrer que nous avons avec ma liste des idées précises pour nous éloigner du « clou rouillé » : il faudra effectivement protéger les cyclistes des bobos.
    Nous ne sommes pas contre les voies réservées mais encore faudrait-il que la ville se mette aux normes sur ce qui existe et que l’on remplace les panneaux ronds par des carrés. Il y en a pour pas mal d’argent, mais la sécurité est à ce prix. Pour information, un ifois a été fauché par une voiture et assez grièvement blessé en dehors d’une piste cyclable et même s’il a gagné son procès, l’automobiliste et son assurance ont plaidé qu’il avait tous les torts puisque la piste cyclable comportait un panneau rond d’obligation.

    De prime abord, je veux bien admettre que tout le monde (ou presque) partage les idées diffusées de l’écologie politique : le « mieux-vivre », le respect de l’environnement, les bienfaits du vélo en ville.

    Les actuelles politiques de « cyclisme urbain » théorisées par les adeptes de la « révolution verte » (prônée notamment par les actuels locataires de la mairie d’Ifs ) abouti à une révolution embourgeoisée et qui ne fait rien pour une pratique du vélo pour la grande masse des habitants.
    J’assume donc mes propos même si je les précise ici. Nous pratiquons le vélo en famille, comme un loisir, mais pour faire du vélo un vrai moyen de déplacement alternatif il faut en faire autre chose qu’un accessoire de mode, de classe ou un postulat idéologique. Je suis fier d’avoir voté le plan vélo-région au Conseil Régional, or ce plan est un plan de gauche qui vise le plus grand nombre et une sécurisation de la pratique quotidienne. Donc soyez rassuré, Ifs restera attaché au vélo et même si une nouvelle majorité s’installe elle fera tout pour que perdure la Fête du vélo qui fait la fierté de la ville depuis 20 ans et qui c’est désormais une certitude hélas, s’arrêtera si les élus actuels s’éternisent à l’hôtel de ville…

  • Christine Corbin

    Nous devrions être rassuré de constater que des « bobos », gens aisés et instruits, montrent le bon exemple en utilisant un mode de déplacement doux alors qu’ils ont largement les moyens de faire rouler leur voiture diesel. Aux municipalités, ensuite, de prendre le relai pour choisir une politique incitative véritable, quitte à déplaire aux automobilistes et, surtout, aux élus de montrer à leur tour l’exemple en testant leurs propres aménagements au quotidien car c’est bien dans ces conditions qu’on peut juger de la qualité d’une voie cyclable.
    Et puis, bobo ou pas, quand on monte la côte avec les sacoches remplies, on est tout simplement une personne qui se donne un peu de mal avec un état d’esprit très honorable…