Dérailleurs

Des nouvelles de l’EV4 (1)

Nous entamons aujourd’hui une série de trois articles consacrés à l’EV4, cette véloroute européenne qui va de Roscoff à Kiev et qui longe sur 120 km le littoral du Calvados. Inscrite au Plan Vélo Départemental, la véloroute du littoral prend beaucoup de retard (voir notre page spéciale EV4) et nous suivons sa progression avec beaucoup d’attention.

La piste cyclable Lion-Luc est ouverte …

Un petit maillon de plus pour l’EV4. Il s’agit d’une piste cyclable bidirectionnelle implantée au nord de la D514 entre Lion-sur-Mer et Luc-sur-Mer, sur une distance d’environ 1,5 km.

Côté Lion-sur-Mer, l’entrée/sortie se fait à proximité du rond point, à l’entrée de l’agglomération, sur la route menant à l’école de voile. Des barrières empêchent de prendre ou quitter la piste depuis le giratoire. Il faut donc impérativement monter sur le trottoir au niveau du parking des Bus Verts (marquage au sol et panneau « voie verte »). Il faut ensuite contourner le char et le monument : c’est possible de chaque côté, l’un étant plus étroit et plutôt aménagé pour les piétons, l’autre bénéficiant du marquage et du bitume. La piste est ensuite rectiligne, très bien revêtue (bitume), séparée de la route par une bonne largeur enherbée et d’une largeur correcte (2 m à 2,50 m).

Côté Luc-sur-Mer, elle rejoint une piste existante, qui se sépare rapidement en deux pistes unidirectionnelles étroites et dont les intersections sont mal conçues, mais c’est un autre sujet. La traversée, quand on vient de Luc-sur-Mer, se fait perpendiculairement, sur un plateau surélevé.

Cette piste est un élément intéressant pour la continuité de l’Eurovéloroute 4. Elle est de meilleure facture que celle qui relie Bernières à Courseulles, un peu plus à l’ouest. Néanmoins, elle souffre de quelques défauts …

Sa largeur risque d’être insuffisante pour supporter le trafic et éviter les conflits piétons/vélos et les risques de collision entre cyclistes. Rappelons que les règles de bonne pratique pour une piste bidirectionnelle donnent une largeur minimale de 3 m, pouvant être ponctuellement ramenée à 2,50 m selon la configuration. Ici, l’espace ne manquait pas. L’argent non plus : le Conseil Général a rénové le revêtement de la D514 qui ne semblait pourtant pas mal en point.

La signalisation de police en fait, de manière abusive, une « voie verte ». On pourrait penser que cette appellation a l’intérêt d’en permettre l’usage par les piétons, mais c’est aussi le cas d’une piste cyclable lorsqu’aucun aménagement ne leur permet de circuler en sécurité (art R412-35 : « Lorsqu’il ne leur est pas possible d’utiliser les emplacements qui leur sont réservés ou en l’absence de ceux-ci, les piétons peuvent emprunter les autres parties de la route en prenant les précautions nécessaires. »)

La seule justification de cet usage abusif , et on n’ose croire que c’est pour cette raison que le statut de voie verte est presque systématiquement choisi par le Conseil Général pour les nouvelles pistes, réside dans le fait qu’une voie verte est « une route indépendante », et non, comme une piste cyclable « une dépendance de la route qu’elle longe ». Une voie verte a son propre régime de priorité, alors qu’une piste cyclable est soumise aux mêmes règles que la route dont elle dépend (art R415-14 : « Pour l’application de toutes les règles de priorité, une piste cyclable est considérée comme une voie de la chaussée principale qu’elle longe … »).  Ainsi, sur cette piste, et c’est sans doute là son plus gros défaut, les cyclistes sont-ils tenus de céder la priorité aux usagers des voies transversales : un chemin agricole et la sortie d’un camping. Ce choix, qui est toujours hélas celui que fait le Conseil Général (et la plupart des communes !) risque d’entrainer des situations dangereuses.

  • En effet, les usagers du chemin agricole doivent laisser la priorité à la piste. Ils ont un panneau « céder le passage » implanté avant la piste, mais surtout, l’article R415-9  du Code de la Route précise « Tout conducteur débouchant sur une route à partir d’un accès non ouvert à la circulation publique, d’un chemin de terre ou d’une aire de stationnement en bordure de la route (…) doit céder le passage à tout autre véhicule. ».
  • Pour la même raison (pas de panneau, mais sortie d’un terrain privé), les véhicules sortant du camping doivent laisser passer les cyclistes.
  • Enfin, les usagers tournant à droite (vers le chemin ou le camping) doivent eux aussi laisser passer les cyclistes, l’article R415-3 du code de la Route précisant : « Tout conducteur s’apprêtant à quitter une route sur sa droite doit (…) céder le passage aux cycles et cyclomoteurs circulant dans les deux sens sur les pistes cyclables qui traversent la chaussée sur laquelle il va s’engager. »)

Bref, une fois de plus, alors que la visibilité est bonne et la situation très claire, les concepteurs de cette piste ont rendu la situation complexe et dangereuse pour les usagers, en particulier les cyclistes.

Il n’y a à ce jour aucun jalonnement (NDLR : mais la signalisation tant horizontale que verticale n’est pas terminée).

Mais le plus important reste que ce kilomètre supplémentaire sur l’itinéraire EV4, fait particulièrement ressortir l’absence de tout aménagement entre Colleville-Montgomery et Lion-sur-Mer. A quand la suite ? L’attente a déjà été trop longue !

Notre reportage en photos (Crédit photo André-Pierre)

Dans le sens Luc-sur-Mer vers Lion-sur-Mer

La sortie de Luc est aménagée avec deux pistes mono-directionnelles …

… qui perdent la priorité aux intersections, contrairement à ce qu’édicte le Code de la Route (article R415-14 : « Pour l’application de toutes les règles de priorité, une piste cyclable est considérée comme une voie de la chaussée principale qu’elle longe … »)

Une traversée sur plateau surélevé permet de rejoindre la piste bi-directionnelle …

… qui se poursuit jusqu’à la sortie de Luc …

… où elle se transforme en Voie Verte.

La voie verte est séparée de la route par une plate-bande en voie d’aménagement.

Première interruption : un « cédez le passage » à hauteur de l’entrée du camping.

Une belle vue dégagée sur la Côte Fleurie quand le temps le permet.

Deuxième interruption : la Brèche de Niauville (un accès à la mer).

Cet accès est lui-même équipé d’un « Cédez le passage » … donc, tout le monde cède le passage à tout le monde.

On arrive à Lion-sur-Mer, les piétons à gauche, les cyclistes à droite.

Fin de la voie verte, la piste cyclable continue vers l’école de voile où elle s’arrête. Les barrières délimitent l’endroit où l’on peut accéder au rond-point : l’entrée du parking des bus.

 

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