Dérailleurs

Des Plages au Mont (1)

Difficile de faire un titre court avec une véloroute baptisée « Des plages du Débarquement au Mont-Saint-Michel » … Dans le cadre du plan vélo du Calvados on connaissait déjà le « T » départemental formé d’une barre horizontale (une partie de l’EV4 Roscoff-Kiev baptisée localement « véloroute littorale ») et d’une barre verticale (une partie de la V43 Ouistreham-La Rochelle baptisée localement « véloroute de la Suisse Normande » et « véloroute du canal de Caen à la mer »). Depuis l’année dernière, une autre véloroute s’est installée dans notre paysage normand : la véloroute des plages du Débarquement au Mont-Saint-Michel que l’on pourrait appeler le « Y » départemental par analogie avec son tracé. Jérôme commence cette semaine une série d’articles sur cette véloroute qui présente beaucoup d’atouts. (APH)

Bayeux / Villers-Bocage.

La D6 relie Bayeux à Villers-Bocage en une succession de lignes droites totalisant 25 km. Les voyageurs pressés, ceux qui ont le nez dans le guidon et l’œil sur le compteur, ceux qui préfèrent le chant des autos à celui des oiseaux, pourront l’emprunter. Pour peu que le vent soit favorable, ils avaleront rapidement les quelques côtes. Peut-être croiseront-ils l’un de ces bus climatisés transportant d’autres touristes pressés, pour qui la Normandie se résume à quelques grands sites, et qui trouvent le voyage entre le Mont Saint Michel et les plages du Débarquement un peu monotone : de l’autre côté des vitres fumées, on ne voit que la campagne, des vaches plus Holstein que Normandes et, tout compte fait, bien peu de pommiers.

Les autres, ceux pour qui le voyage et le vélo sont un art de vivre, ceux qui ont besoin de calme en roulant, tous ceux qui préfèrent musarder le nez au vent, faire une pause au bord d’un champ ou sur le parapet d’un pont, découvrir une vieille église en ruine, rouler au rythme du chant des oiseaux, pourront préférer à la D6 les 38 km de la portion Bayeux/Villers-Bocage de la véloroute « plages du Débarquement-Mont Saint Michel ». C’est par cette étape que nous débuterons l’exploration désordonnée de cette dernière.

Cette véloroute a vu le jour en 2013, sous l’impulsion du Conseil Régional qui avait décidé de faire de la Basse-Normandie une « vélo-région ». Elle relie les deux grands sites historiques régionaux en un peu plus de 200 km, et trois branches. Depuis le Mont-Saint-Michel, elle file vers l’est au travers du sud Manche pour rejoindre le réseau de voies vertes de ce département. C’est un tracé commun avec le « Tour de Manche » qui propose une randonnée franco-britannique, et avec l’Eurovéloroute 4 (Roscoff-Kiev). Elle oblique vers le nord à Mortain, et entre dans le Calvados par Vire. Le viaduc de la Souleuvre marque un premier embranchement : on peut partir vers l’ouest, suivre la vallée de la Vire et rejoindre la mer à Utah Beach, ou prendre l’option est et passer par Bayeux. Là, on a à nouveau le choix pour les derniers kilomètres : on peut se diriger vers Arromanches, ou vers Port-en-Bessin.

On trouvera ici des informations complémentaires sur cette véloroute : Les plages du Débarquement / Mont-Saint-Michel

Pour la portion Bayeux-Villers Bocage qui nous occupe aujourd’hui, on trouvera une carte détaillée et des informations pratiques dans la brochure « le Calvados à vélo », téléchargeable sur le site du Conseil Général.

A Bayeux, comme à Villers, il faut avoir l’œil pour trouver la véloroute. En débarquant à la gare de la capitale du Bessin, aucune indication n’apparaît sur les quelques tronçons de pistes cyclables : il faut partir vers l’ouest, et, être très attentif : le panneau qui marque le départ n’est lisible que par les cyclistes venant en sens inverse. Et encore : il est un peu en retrait du carrefour, et partiellement masqué par un réverbère.

Après ce démarrage trop discret, l’itinéraire est facile à suivre : de petits panneaux verts sur fond blanc portant un logo « vélo » sont judicieusement placés à chaque carrefour, ou presque : ce bon travail est un peu moins rigoureux vers Villers, où il faudra parfois se fier à son instinct si l’on ne veut pas s’arrêter pour sortir la carte. Espérons aussi que ce jalonnement sera entretenu : un panneau disparu et le cyclotouriste risque d’errer dans le bocage …

On regrettera cependant la faible densité de panneaux un peu plus explicites : aucune mention des localités intermédiaires, et de rares indications des distances restant à parcourir vers Bayeux et Villers Bocage. Quelque très rares mentions des destinations finales de la véloroute (Mont Saint Michel/Plages du débarquement), et une seule indication pour quitter la véloroute, particulièrement utile cependant : on passe à 300 m des commerces de Tilly-sur-Seulles sans en soupçonner l’existence, qui peut être  la bienvenue sur ce parcours si l’on n’a pas emmené son pique-nique.

Et puisqu’on parle de pique-nique, signalons la magnifique « halte randonneurs », sise à Saint-Vaast-sur-Seulles : un vaste préau abritant de belles tables, des toilettes impeccablement tenues, un barbecue à dispostion, un coin d’herbe permettant un bivouac (il y a aussi deux gîtes à proximité) et même une cuisine ouverte sur réservation (mairie@saintvaastsurseulles.fr. Une superbe réalisation pour une commune de 149 habitants !

Rien d’exceptionnel au bord de la route. On passe insensiblement du Bessin au Bocage, les cultures font progressivement un peu plus de place à l’élevage, les bâtiments anciens deviennent plus petits et plus sombres (les maisons neuves, elles, sont partout les mêmes …), le relief plus marqué. On rencontrera quelques côtes, plus nombreuses vers Villers, et plus pentues (maximum 7%), mais jamais longues : la véloroute reste accessible à tous sur cette portion. On admirera les belles fermes du Bessin, l’abbaye de Juaye Mondaye mais aussi ses églises ruinées (http://www.vieilleseglisesjuaye.fr/), mais, surtout, on observera au passage la vie agricole, de petits hameaux progressivement agrandis par des lotissements : on a du mal à réaliser qu’on n’est jamais très loin des grands axes (N13 et A84) vers Caen …

Les concepteurs de cette véloroute ont de toute évidence cherché « des routes tranquilles », quitte à augmenter la distance, et à désorienter le randonneur. A l’exception de deux très courtes portions de pistes cyclables à l’approche d’axes plus fréquentés, et d’une jonction sur une « voie verte » d’une centaine de mètres, on circule sur de petites routes, souvent très petites. Le revêtement est correct, et les portions très roulantes (bitume lisse) beaucoup plus nombreuses que celles qui auraient besoin d’une sérieuse réfection.

A  l’arrivée à Villers-Bocage (où un sens interdit récemment autorisé aux vélos justifierait une modification du jalonnement), on est tout surpris de retrouver une agitation presqu’urbaine : des voitures, des commerces … Sur la grosse D675, un cyclotouriste chargé et mal informé avance péniblement vers le Mont-Saint-Michel, l’œil dans le rétro pour surveiller les voitures qui s’approchent dangereusement … A l’automne, lorsque les tracteurs sèment sur les routes la boue des labours, que les haies ont perdu leurs feuilles, cette véloroute  peut sans doute devenir un peu sinistre. Mais par une belle journée d’été, on se prend à regretter de ne pas avoir glissé la tente sur le porte-bagage, pour poursuivre l’exploration vers le sud. Et faire des deux extrémités, plages du Débarquement et Mont Saint Michel, un prétexte qu’on laisserait volontiers aux touristes pressés. Ce qui compte vraiment, c’est le voyage, l’odeur du foin et la pause à l’ombre près de la rivière … C’est en tout cas le parti-pris de cette véloroute. Objectif atteint.

Crédit photo : Jérôme.

A Bayeux, un démarrage trop discret.

De petites routes tranquilles.

De petites routes tranquilles.

L’une des églises ruinées de Juaye-Mondaye.

Un jalonnement continu et efficace ….

… mais un peu basique.

Belle ferme du Bessin.

Un parcours sans difficultés.

Pas de mention des directions intermédiaires, ni de rappel des destinations finales de la véloroute : dommage.

A proximité de Tilly, une indication bienvenue. Mais depuis Tilly, rien n’indique la véloroute.

On passe du Bessin au Bocage.

Superbe halte randonneurs de Saint-Vaast-sur-Seulles.

Villers-Bocage : la ville !!

2 commentaires sur Des Plages au Mont (1)

  • ben avelo

    Ouah, cette halte de st vaast s/seulles me donne des idées, pour un We cyclo camping pour le printemps 2015, à vos agenda!!!

  • christophe lobbedey

    Bonjour !
    J’ai effectué le tracé au début juillet. C’était une première pour moi qui me « limitais » jusqu’alors à des sorties vtt locales. Mon parcours démarrait de chez moi (St Pierre sur Dives) pour terminer à St Malo. J’ai récupéré la véloroute des marais de la dives pour bifurquer vers Ranville et « Pégasus » / Ouistreham. Ensuite j’ai longé la côte jusqu’à Arromanches, puis route au sud.
    Je suis tout à fait d’accord avec les commentaires concernant le balisage et sur le fait que si l’on sort de la véloroute, il est parfois difficile de la retrouver (rien ne l’indique; par exemple à Vire).
    D’une manière générale: tracé sympa entre la côte et Bayeux et après Vilers Bocage, géniale sur la fin (à partir de Sourdeval jusqu’au Mont).