Dérailleurs

Voyage au « bout du monde » (1)

Afin de promouvoir le vélo-tourisme, pour montrer que c’est possible et à la portée de chacun, Dérailleurs publie de temps à autre dans ses colonnes des récits de voyageurs à vélo. Le premier article de la série, publié en septembre dernier, relatait le voyage en tandem en Pologne de Catherine et Benoît. Ici, c’est également d’un voyage en tandem dont il est question, une boucle parcourue par André-Pierre et Sylvie en juillet dernier dans le « quart nord-ouest » de notre pays. Si ces récits vous intéressent, si vous projetez un voyage dans les régions traversées, nous pourrons vous mettre en relation directe avec les auteurs qui sauront répondre à vos questions. (APH)

Voyage au « bout du monde ».

Nous voyageons en tandem depuis 10 ans. Pourtant, cette année, c’est la première fois que nous quittons notre domicile en tandem pour y revenir trois semaines plus tard, toujours en tandem. Pas de voiture, pas de train, pas d’avion. La destination est moins lointaine que d’habitude et c’est tant mieux pour notre empreinte carbone.

Genèse du voyage.
L’événement déclencheur de cette randonnée, c’est la proposition faite à Dérailleurs par l’ AF3V de nous joindre à la « Croisière Cycliste ». Rappelons que la « Croisière Cycliste » est une randonnée organisée cette année par l’AF3V avec le soutien de Nantes-Métropole, regroupant une cinquantaine de cyclistes partis de Vienne (Autriche) le 30 mai pour rejoindre Nantes le 14 juillet, avec comme triple objectif de :

  • promouvoir le vélotourisme sur le réseau Eurovelo et plus particulièrement l’EV6 (Eurovéloroute n°6 « des Fleuves » ou « de l’Atlantique à la Mer Noire »).
  • promouvoir Velo­City 2015, le Congrès mondial du vélo qui aura lieu à Nantes du 2 au 5 juin 2015.
  • favoriser la création de nouvelles voies vertes et l’émergence de nouveaux projets de véloroutes, grâce à une série de randonnées « affluentes », supportées par des associations cyclistes locales et des collectivités.

Au printemps, la décision est prise entre Dérailleurs (délégué départemental de l’AF3V) et la FFCT Basse-Normandie (délégué régional de l’AF3V) d’organiser une « randonnée affluente » de Caen à Angers en empruntant le tracé de la V43 et de poursuivre avec la « Croisière Cycliste » jusqu’à Nantes. Nous décidons Sylvie et moi d’en faire partie. Oui, mais on fait quoi une fois arrivés à Nantes ? Pour nous, habitués de longues randonnées, six jours c’est un peu court. L’idée est vite venue de rentrer à Caen à vélo … nous avions souvent entendu parler du canal de Nantes à Brest … j’avais pour ma part envie de parcourir l’EV4 en Bretagne … et voilà le trajet qui prend forme. Il reste à calculer le kilométrage total, à découper l’itinéraire en étapes et voir si ça tient dans le planning, c’est à dire les congés d’été.

Découper l’itinéraire en étapes.
Il n’y a pas de règle ou alors il y en a autant que de randonneurs et de randonnées. De nombreux facteurs entrent en jeu : la difficulté de l’itinéraire (relief, routes ou chemins, revêtement), le type de randonnée (plutôt sportive ou plutôt touristique), la composition du groupe (le nombre de participants, l’âge, la condition physique), le mode d’hébergement (en camping ou « en dur »). Depuis plusieurs années, nous établissons notre découpage sur la base de 80 km/jour sur terrain facile et 60 km/jour sur terrain difficile. Nous n’effectuons aucune réservation d’hébergement ce qui facilite les adaptations en cours de route. Par contre, cette liberté nous oblige à emporter une tente et le matériel de couchage. Résultat : nous sommes plus lourds et ça se paie dans les côtes.

Première partie : de Caen à Nantes.

Notes de lecture : cette première partie est assez détaillée car elle concerne en grande partie la véloroute V43 Ouistreham-La Rochelle qui est un des centres d’intérêt de Dérailleurs et se rendre sur les bords de Loire en moins d’une semaine peut constituer une première expérience intéressante de voyage à vélo. Les kilométrages indiqués sont ceux de notre compteur journalier et tiennent compte des kilomètres supplémentaires pour faire les courses ou se rendre à notre hébergement. Le temps indiqué correspond au temps pendant lequel le tandem est en mouvement … même quand on est à pieds et qu’on le pousse !

Mercredi 9 juillet. Caen-Flers. Nous quittons notre domicile pour la Maison du Vélo où aura lieu le départ symbolique. Malgré la publicité faite auprès de nos adhérents et sympathisants, nous ne sommes que 4 à nous lancer : Sylvie et moi sur notre tandem représentant Dérailleurs, Gilbert et Marie-Thérèse pour la FFCT. L’objectif est d’arriver à Angers le 12 juillet, date du passage de la « Croisière Cycliste ». Nous partons sur la voie verte de la Suisse Normande, précédant de deux jours l’inauguration officielle de la jonction Caen-Louvigny. La pluie menace mais ne tombe pas, laissant place à de très belles éclaircies. Nous arrivons très vite à la fin provisoire de cette magnifique voie verte, un peu avant le tunnel du Hom qui marque l’entrée dans Thury-Harcourt. Le tunnel n’étant pas encore ouvert, il nous faut monter jusqu’à la D121 par un chemin caillouteux. Avec notre chargement, la montée est rude et, en perte d’adhérence, il nous faut mettre pied à terre et terminer en poussant. Après Thury-Harcourt, ni véloroute, ni voie verte. La redoutable côte de St Lambert n’en finit pas mais c’est la seule difficulté de la journée. Guidés par Marie-Thérèse, nous rejoignons Pont-Erambourg, suivons la vallée de la Vère et terminons enfin sur la D962 pour l’arrivée à Flers. Étape au Camping du Pays de Flers où les cyclo-campeurs sont particulièrement bien accueillis. (76 km/5H11)

Jeudi 10 juillet. Flers-Mayenne. Après un petit ravitaillement, nous sortons de Flers par la D18 (direction Alençon). La voie verte est indiquée sur la droite après le gros rond-point qui sert d’intersection avec la D962 et elle commence près de la gare au lieu-dit Fumeçon. Nous roulons une bonne partie de la matinée sur cette ancienne ligne de chemin de fer qui reliait Caen à Laval (voir la fiche AF3V). A chaque intersection, nous rencontrons des barrières avec passage en quinconce qui posent quelques problèmes à notre tandem et à ses sacoches. La voie verte se termine à Domfront. Au delà, une partie de la ligne a été vendue aux agriculteurs. Il faut sortir du département de l’Orne par la D962 (en direction de Laval) et, 4.5 km après Ceaucé, prendre à droite (indication La petite Boufferie, La grande Boufferie) … la voie verte commence à 600 m à gauche. Pas facile à trouver et je déconseille la D962 aux groupes. Il existe un réseau de petites routes permettant d’arriver au même endroit. Cette voie verte qui emprunte également le tracé de la voie ferrée Caen-Laval (voir la fiche AF3V) nous emmène sans difficulté jusqu’à la gare de Mayenne. A noter quand même que l’itinéraire se réduit à la largeur d’un sentier tout le long des 3km de vélo-rail près de Saint Loup du Gast (le croisement d’autres cyclistes est délicat). Ce soir nous sommes reçus chez une amie à Placé tandis que nos équipiers seront au camping de Mayenne. (87 km/5H59)

Vendredi 11 juillet. Mayenne-Château-Gontier. Nous retrouvons Gilbert et Marie-Thérèse à Montgiroux sur le chemin de halage de la Mayenne que nous allons suivre sur plus de 100 km pendant pratiquement deux jours (voir la fiche AF3V). Sylvie et moi ne connaissions pas la Mayenne. Nous avons été d’abord surpris par la largeur de la rivière, ensuite par le nombre d’écluses rencontrées. Au cours des siècles, la Mayenne a été aménagée pour la rendre navigable mais également pour y exploiter la force du courant. On y compte pas moins de 45 écluses correspondant à autant de barrages (avec leur ancien moulin) dont une vingtaine sont équipés d’une micro-centrale électrique. Cette succession d’écluses rythme notre progression et vient casser la monotonie du chemin de halage : charmantes maisons éclusières, espaces fleuris, panneaux d’information, haltes fluviales offrant tables et bancs, toilettes et point d’eau … Vous avez compris : nous avons aimé. Des barrières empêchent l’accès des voitures mais le passage est aisé pour les vélos, même chargés, même avec remorques. Un modèle du genre. Les éclusiers sont à leur poste mais, malheureusement, les plaisanciers sont peu nombreux malgré les efforts visibles pour développer cette forme de tourisme (dont bénéficient les vélo-touristes). Depuis Mayenne, on circule sur la rive gauche. A partir de Laval, c’est la rive droite. Peu avant Château-Gontier, nous doublons un groupe de l’AF3V partis de Mayenne et se rendant comme nous à Angers. Nous dépassons Château-Gontier pour camper à Ménil au bord de la Mayenne. (76 km/4H56)

La Mayenne à la halte fluviale de Montgiroux.

Samedi 12 juillet. Château-Gontier-Angers. Nous continuons à suivre le chemin de halage. Entre Chambellay et Montreuil-sur-Maine, la voie verte est interrompue sur 2,5 km, nécessitant de suivre un itinéraire provisoire sur de petites routes. La raison officielle fait part d’un mur de soutènement dégradé nécessitant des travaux. Une autre raison, officieuse, nous est délivrée par un riverain : un châtelain refuse le passage des cyclistes.  En effet, d’après la fiche technique de l’AF3V,  » … contrairement aux chemins de halages des canaux, qui font partie du domaine public, les rives de rivière sont des propriétés privées (…) cette Voie Verte a nécessité de la part du Département un long travail de négociations avec les propriétaires riverains pour en établir la continuité …« . En fin de matinée, nous arrivons aux abords du Lion-d’Angers – fin officielle de la Voie Verte – mais le chemin de halage continue jusqu’à Grez-Neuville où l’on traverse la Mayenne. Nous avons un peu de mal à nous ravitailler et nous poussons jusqu’à Feneu avant de redescendre à Port Albert pour un pique-nique confortable avec table et bancs. Depuis Grez-Neuville, un itinéraire balisé sur de petites routes permet d’arriver jusqu’à Angers sans difficulté. Nous prenons pension à l’Hostellerie du Bon Sauveur où fait halte ce soir la « Croisière Cycliste ». Certains sont déjà arrivés, d’autres arrivent encore. Les 50 participants de cette « Croisière » viennent des quatre coins du monde : Nouvelle-Zélande, Chine, Australie, Canada, Etats-Unis, Allemagne, Italie, Irlande … il y a même des français ! Ce soir, une petite cérémonie suivie d’un apéro nous est proposée pour l’inauguration du tout nouveau label « Accueil vélo » et « Rando accueil » dont l’établissement est désormais titulaire. (54 km/3H50)

Jean-Pierre JONCHERE de l’AF3V dévoile les labels « Accueil Vélo » et « Rando Accueil ».

Dimanche 13 juillet. Angers-Varades. La journée s’annonce pluvieuse et venteuse. Nous quittons la V43 pour l’EV6. C’est dimanche, c’est la Loire à Vélo, et on rencontre maintenant beaucoup plus de cyclistes sur le chemin. Nous pensions que la « Croisière » roulait en groupe et que ce groupe allait grossir jusqu’à l’arrivée à Nantes. En fait, depuis Vienne, chacun roule à son rythme et les groupes se font et se défont par affinité. Les participants ont reçu au départ un « road-book » qui leur permet d’être autonomes dans la journée. Il suffit de respecter les étapes. Depuis Angers, l’itinéraire pour rejoindre la Loire à Vélo est balisé. Il emprunte la rive droite de la Maine (nouveau nom de la Mayenne depuis son confluent avec la Sarthe) puis rejoint la Loire après 10 km. On arrive très vite dans les vignobles de Savennières au terme d’une rude montée mais ce sera la seule de la journée. Une averse nous surprend à Chalonnes-sur-Loire, alors que nous arrivons à une magnifique halte randonneur. Par magie, la pluie cessera au moment de repartir. On passe sur la rive gauche à Montjean-sur-Loire puis c’est une interminable ligne droite contre le vent jusqu’au pont de Saint Florent qui nous permet de repasser sur l’autre rive et rejoindre Varades. En fin de journée, la pluie menace et, ce soir encore, nous décidons d’opter pour l’hébergement de la « Croisière », c’est à dire un gymnase. La pluie s’installe, violente, et le barbecue qui devait nous être servi dehors tombe à l’eau. La mairie de Varades et l’association cycliste locale sortent leur plan B : le repas nous sera finalement servi dans une salle municipale. Un grand merci à eux. (62 km)

Une station de gonflage à la halte randonneurs de Chalonnes-sur-Loire.

Photo de famille de la « Croisière » à Varades.

Lundi 14 juillet. Varades-Nantes. Aujourd’hui, fête nationale, c’est la dernière étape pour « La Croisière ». Le petit-déjeuner nous est servi dès 7 heures et avec bonne humeur par la même équipe qu’hier. La mise en route est rapide car nous sommes attendus à Nantes à 13 heures. La pluie et le vent d’hier ont lavé le ciel, le soleil s’installe pour plusieurs jours. À l’entrée de Nantes, nous sommes accompagnés par des cyclistes locaux et nous arrivons sans encombre à l’Île de Nantes, juste à temps pour assister à une sortie de l’Eléphant. Après les discours d’usage, c’est l’heure des réjouissances. Un grand buffet en musique nous est offert par Nantes Métropole. Le Muscadet et le Chinon font monter l’ambiance, les « Croisiéristes » esquissent quelques pas de danse et poussent la chansonnette. Sommés par l’assistance de nous chanter une chanson de leur pays, les cyclistes chinois entonnent l’Internationale qui sera reprise en choeur par le public. Nous quittons le groupe à regret, d’autres animations les attendent dans les prochaines heures. Pour nous, le moment est venu de passer quelques jours en famille avant de repartir seuls vers le nord de la Bretagne. (61 km/3H51)

Arrivée à Nantes aux machines de l’île.

Les cyclistes chinois entonnent l’Internationale.

Merci à Marie-Thérèse et à Gilbert pour leur compagnie prévenante et sympathique.

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1 commentaire sur Voyage au « bout du monde » (1)

  • sierramatch

    Merci de nous faire vivre vos voyages, c’est tjrs un bon moment et on vous accompagne en rêve, on découvre de beau paysage et on est dans l’embiance, sous l’eau et au soleil et on force dans les montées.