Dérailleurs

Voyage au « bout du monde » (2)

Le « bout du monde » n’est pas bien loin. Dans cette série de trois articles, à travers un exemple concret, nous tentons de montrer que finalement, voyager à vélo ce n’est pas très compliqué. Chacun peut se faire son idée sur deux ou trois jours, sur de faibles kilométrages, en fonction de ses possibilités. On apprend vite ce qui ne va pas, ce qui peut être amélioré, par sa propre expérience ou par la rencontre d’autres voyageurs. Deuxième volet de ce récit : le canal de Nantes à Brest.(APH)

Deuxième partie : de Nantes à Morlaix.

Comme exposé dans la première partie de cet article, nous avons décidé de rentrer à Caen à vélo. L’itinéraire prévoit de remonter sur la côte nord de la Bretagne, suivre la côte jusqu’au Mont Saint Michel sur la véloroute du littoral et rentrer ensuite par la véloroute des plages du débarquement. Pour tracer notre route de Nantes à Roscoff où débute la véloroute littorale EV4, il suffit de jeter un œil à la carte interactive de l’AF3V : le canal de Nantes à Brest y apparaît comme une évidence. Il faudra simplement le quitter à Carhaix et prendre ensuite la V7, une voie verte tracée sur une ancienne voie de chemin de fer. Cet itinéraire de Roscoff à Nantes fait partie de la « Vélodyssée », nom donné en France à la Véloroute européenne EV1 qui va du Cap Nord à Sagres (Portugal).

Jeudi 17 juillet. De Nantes à Blain. Après quelques jours de repos à Nantes en famille, nous repartons sous une forte chaleur. Pour sortir de Nantes, nous utilisons l’application Géovélo Nantes. Géovélo est un calculateur d’itinéraire spécialisé pour le vélo. Il couvre quelques villes et agglomérations dont Nantes Métropole (et Caen-la-Mer !). Pour rejoindre le canal au sud de Nort-sur-Erdre, nous n’avons pas trouvé de topoguide détaillé  … on se dit qu’en suivant l’Erdre vers le nord, on finira bien par trouver. Effectivement, bien que n’ayant pas toujours suivi la route optimale, nous avons fini par trouver un jalonnement « Canal de Nantes à Brest » un peu au nord de Sucé-sur-Erdre. Le premier contact avec le canal est agréable et heureusement car on se dit alors qu’on en a quand même pour près de 300 km. Le revêtement est en sable stabilisé, assez roulant. Les intersections avec les routes sont défendues par des demi-barrières, sans chicane, donc très faciles à passer, y compris par des vélos équipés de remorques. Il n’y a pratiquement pas d’ombre sur ce tronçon et nous roulons en plein soleil jusqu’à Blain. Le chemin de halage débouche sur un petit port de plaisance. Le camping se trouve à l’écart, de l’autre côté du canal. (62 km/4H16)

Le canal de Nantes à Brest n’est pas entièrement décrit sur le site de l’AF3V mais il existe une fiche concernant le tronçon de Nort sur Erdre à Saint Nicolas de Redon Fiche 227.

Premier contact avec le canal près de l’écluse de Quiheix.

À Blain, le château de la Groulais.

Vendredi 18 juillet. Blain-Malestroit. Nous avions été prévenus la veille par des randonneurs roulant dans l’autre sens : on roule moins bien sur la portion entre Blain et Redon. La piste s’est dégradée et de récents travaux d’entretien ont laissé par endroit des couches de gravier où il vaut mieux éviter de rouler. Le pilotage du tandem demande beaucoup d’attention … c’est dommage car l’environnement est propice à l’observation. On traverse des zones boisées, et surtout des zones humides. La faune et la flore sont d’une grande variété sur laquelle veillent les hérons qui s’envolent à notre approche. Vers midi nous arrivons à Redon, une ville qui se trouve à la rencontre de trois départements. Nous quittons la Loire Atlantique, nous déjeunons en Ille et Vilaine puis nous repartons par le Morbihan. Est-ce la longueur de l’étape ? Ou la chaleur toujours bien présente ? Ou un moment de fatigue ? Toujours est-il que j’ai écrit dans mes notes ce soir là : « le canal de Nantes à Brest, c’est long, c’est long, c’est parfois très chiant, c’est parfois très beau … ». Il est vrai qu’on ne rencontre pas un héron toutes les dix minutes, ni un plaisancier tous les kilomètres … alors, par instant, le chemin de halage peut paraître monotone. Arrivés à Malestroit, nous prenons le premier camping venu malgré l’alerte orange publiée par Météo France. Sur le terrain réservé aux itinérants sous toile, trois familles de vélo-touristes sont déjà présentes. Les enfants courent partout, peu fatigués semble t-il par leur journée de vélo. Les parents s’affairent autour des tentes et des remorques pour préparer le repas du soir. On parle de l’alerte météo et du risque d’orage. Chacun prend ses dispositions pour la nuit. De notre côté, nous nous couchons après avoir soigneusement empaqueté toutes nos affaires dans les sacoches étanches. Un violent orage éclate vers 2 heures du matin. Nous nous habillons à la lumière de nos frontales, prêts à évacuer si nécessaire. Nous resterons assis sur nos matelas pendant une heure jusqu’à ce que l’orage s’éloigne. Plus de peur que de mal, nous terminerons la nuit au sec contrairement à nos voisins qui auront été légèrement inondés. (90 km/6H25)

Samedi 19 juillet. Malestroit-Pontivy. Au matin, nous replions la tente après l’avoir séchée le mieux possible. Nous reprenons le chemin de halage avec la bonne surprise d’y trouver un enrobé très roulant qui ne fera pas défaut de toute la journée. La grisaille du petit matin à rapidement fait place à un soleil généreux. À midi, nous faisons halte dans la très belle ville de Josselin. Il faut quitter le canal et grimper dans la vieille ville qui vaut vraiment le détour. Nous avons le plaisir d’être interpellés par un jeune couple et ses deux enfants qui voyagent en tandem. Ils nous disent revenir de deux années de voyage autour du monde. À partir de Rohan, le canal change de profil. Nous « escaladons » (le mot est bien fort) la ligne de partage des eaux entre la vallée de l’Oust et celle du Blavet. Cette ascension se traduit par une impressionnante échelle de 20 écluses jusqu’au point le plus haut, la rigole d’Hilvern qui alimente le canal en eau grâce à un captage effectué à 62 km de là. Une fois le « col » franchi, il ne reste plus qu’à se laisser glisser dans la descente qui mène à Pontivy, descente équipée là encore de deux échelles de 8 et 7 écluses. (79 km/5H16)

Note : le tronçon entre Pontivy et Malestroit fait l’objet d’une fiche AF3V Fiche 401.

Arrivée à Josselin.

Le château de Pontivy.

Dimanche 20 juillet. Pontivy-Rostrenen. Nous avions prévu ce soir d’être à Carhaix … C’était sans compter sur le festival des Vieilles Charrues ! Hier soir, tout le monde nous l’a déconseillé : « c’est blindé, vous ne trouverez pas d’hébergement ». Nous décidons sagement de réduire cette longue étape et de coucher ce soir à Rostrenen. Après un départ tardif (c’est dimanche), nous reprenons le chemin de halage que, bizarrement, nous avons du mal à retrouver. Nous remontons le cours du Blavet qui décrit de larges courbes. À ce stade, il faut expliquer que le canal de Nantes à Brest est une enfilade de rivières (Erdre, Isac, Oust, Blavet, Doré, Hyères et Aulne), reliées les unes aux autres par trois canaux de jonction creusés par la main de l’homme. Nous remontons donc le Blavet jusqu’au lac de Guerlédan où la piste s’arrête. En effet, après la seconde guerre mondiale, un barrage hydro-électrique a été construit sur la commune de Saint-Aignan, interrompant du même coup la navigation fluviale ainsi que le chemin de halage, ce qui explique qu’aujourd’hui, les plaisanciers ne circulent qu’entre Nantes et Pontivy. Nous quittons donc le canal en direction de Mûr-de-Bretagne par une petite route en pente très raide (un « Mur » donc) qui nous contraint très vite à mettre pied à terre et à continuer en poussant. Éreintant. Tout en haut de la côte, nous trouvons l’amorce d’une voie verte récente qui nous conduit sur le « Chemin du Petit Train », une ancienne voie de chemin de fer qui, sur 111 km entre Saint-Méen-le-Grand et Carhaix-Plouguer, a été transformée en voie verte dans les années 70. Revêtement stabilisé, aucune barrière aux intersections, le chemin ondule à flanc de coteau entre le lac de Guerlédan qu’on aperçoit en bas et la N164 beaucoup moins bucolique. Après 12 km, on quitte la voie de chemin de fer pour redescendre vers le canal. L’abbaye de Bon-Repos nous y invite à une petite pause bienvenue. Peu de temps après, à Gouarec, nous quittons à nouveau le canal pour retrouver le chemin du Petit Train qui nous permet de rejoindre la gare désaffectée de Rostrenen. (61 km/4H28)

Note : vous pouvez retrouver ce parcours sur les fiches de l’AF3V, Fiche 402 de Port de Carhaix à Pontivy et Fiche 172 pour la voie verte du petit train.

L’abbaye de Bon Repos

La gare désaffectée de Rostrenen.

Lundi 21 juillet. Rostrenen-Morlaix. De Rostrenen à Carhaix nous aurions pu continuer sur la voie de chemin de fer mais nous préférons passer une dernière fois par le canal. Depuis hier, nous rencontrons à nouveau de mauvaises barrières en chicane à chaque intersection. Au passage de la 101ème (ou presque), la sacoche avant droite croche sur une pierre et c’est la chute. Seule conséquence : un gros hématome sur le devant de la jambe. Heureusement, des riverains accourent avec de la glace et pendant que je l’applique longuement, nous parlons du canal, des écluses, des habitants, de la vie … Ensuite, c’est le passage par la grande tranchée de Glomel qui relie les bassins du Blavet et de l’Aulne. À une altitude de 184 m, c’est le point culminant du canal. Avec ses 3 km de long, 100 mètres de large et 23 mètres de profondeur, cette tranchée est sauvage, magique, oppressante. On apprend qu’elle fut essentiellement creusée par 700 bagnards pendant neuf longues années, dans des conditions difficiles à imaginer aujourd’hui. Nous dévalons ensuite la pente sur 17 km agrémentés d’une bonne quarantaine d’écluses dont un escalier de 19 écluses. Nous arrivons à l’intersection du canal de Nantes à Brest et de la V7 qui mène à Carhaix. Le contraste est saisissant entre le calme pesant de la grande tranchée de Glomel et l’agitation de la ville du festival des Vieilles Charrues qui est encore en état de siège. Des hordes de festivaliers sortent de nulle part et déambulent visiblement très fatigués pour prendre un train, un car, une voiture. Ils traînent avec eux des sacs à dos, des valises, des tentes ou des sacs plastiques … tout cela a un parfum d’exode. En début d’après-midi, nous attaquons les 50 derniers km qui mènent à Morlaix. Il s’agit, là encore, d’une voie verte (la V7) construite sur une ancienne voie ferrée, donc sans grand relief : les montées et les descentes sont longues mais douces. Des amis nous avaient annoncé des dénivelés pénibles entre Carhaix et Morlaix … ils n’avaient certainement pas suivi cet itinéraire, long mais assez facile. En chemin, nous doublons des randonneurs qui se déplacent avec une roulotte tirée par un cheval. Une autre façon de passer des vacances itinérantes, à un rythme très lent, proche de la nature. Nous arrivons sur les hauteurs de Morlaix. Au cours de la descente vers la ville par des ruelles très abruptes, j’apprécie les gros freins à disque hydrauliques dont nous sommes équipés depuis trois ans. En descendant, nous aurions dû comprendre qu’il faudrait bien remonter un jour … mais c’est une autre histoire ! (87 km/5H42).

Note : la voie verte de Carhaix à Morlaix est l’objet d’une fiche AF3V Fiche 171

A Carhaix, on quitte le canal pour continuer sur la Vélodyssée. Le panneau indique la direction de Nantes pour ceux qui arrivent de Roscoff.

Entre Carhaix et Morlaix, on peut voyager en roulotte.

Pour nous accompagner de Nantes à Morlaix, nous avons utilisé le vélo-guide « La Bretagne à Vélo : le canal de Nantes à Brest et la Vélodyssée », éditions OUEST-FRANCE, ISBN 978-2-7373-6119-7

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