Dérailleurs

Voyage au « bout du monde » (3)

Voici le troisième (et dernier) volet de ce voyage au « bout du monde ». Ce bout du monde, c’est bien sûr un clin d’œil à la Bretagne et à son Finistère. C’est le bout du monde, le « finis terrae » des anciens, le « Penn ar Bed » des bretons. C’est le bout du monde vers l’ouest, là où le soleil se couche. Mais ce « bout du monde », c’est pour dire aussi qu’il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour découvrir le monde. « Ailleurs, c’est tout à côté » affiche le site de Côtes d’Armor Tourisme. De Caen, on peut prendre son vélo et commencer à voyager par petites étapes. On y prend rapidement goût. Le goût de la nature, le goût de la lenteur, le goût de la rencontre, le goût de vacances paisibles « loin de la fureur et du bruit ». C’est vers ce « bout du monde » que ce récit vous invite. (APH)

Troisième partie : de Morlaix à Caen … le retour !

Ce retour par la côte nord de la Bretagne n’avait qu’un objectif : voir à quoi ressemble la véloroute européenne EV4 chez nos voisins bretons. Rappelons que ce projet de véloroute EV4 entre Roscoff et Kiev intéresse au premier chef l’Association Dérailleurs dans la mesure où son tracé emprunte la totalité du littoral du Calvados, de Isigny-sur-Mer à Honfleur. Pour ce retour vers Caen, nous avions donc mis à notre programme :  l’EV4 de Roscoff au Mont-Saint-Michel, la Véloscénie (V40 – Paris – Le Mont-Saint-Michel)  jusqu’à Mortain et, pour finir, la véloroute du Mont St Michel aux Plages du Débarquement inaugurée à l’été 2013.

Pour préparer notre itinéraire sur l’EV4 en Bretagne, nous avons principalement consulté le site velo.tourismebretagne, et nous avons reporté cet itinéraire sur des cartes IGN au 100.000 ème (TOP 100).

Mardi 22 juillet. De Morlaix à Lannion. C’est décidé depuis plusieurs jours … nous n’irons pas jusqu’à Roscoff (point de départ de l’EV4) car ensuite de Roscoff nous devrions obligatoirement repasser par Morlaix, ce qui n’est pas très utile, même pour explorer l’EV4. Ce sera pour une autre fois. Ce matin, nous commençons donc notre voyage de retour. La forte descente d’hier soir, la hauteur impressionnante des deux viaducs qui supportent la voie de chemin de fer et la route nationale, voilà des signes qui ne trompent pas … ça va grimper pour sortir de Morlaix ! Sur le site que nous avions consulté avant de partir, les deux étapes Morlaix – Plougasnou – Plestin les Grèves étaient signalées comme non aménagées. C’est donc ‘à la carte’ que nous avons prévu de circuler mais, bonne surprise, nous trouvons un balisage EV4 – Tour de Manche à peine sortis de Morlaix (voir photo). A quelques exceptions près, ce balisage ne nous fera pratiquement pas défaut dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. Comme prévu, ça grimpe, ça descend, ça regrimpe aussi sec, ça redescend pareil, plusieurs fois nous mettons pied à terre  … le tracé de l’EV4 s’obstine à longer la mer et à éviter les routes où la circulation est trop importante. Résultat : les paysages de bord de mer sont grandioses mais le parcours est très sportif. A signaler donc aux familles et aux voyageurs à vélo lourdement chargés. Pour donner une idée, nous n’arrivons à Plougasnou qu’à midi soit 25 km en 3 heures, de nombreux arrêts et une moyenne roulée de 12 km/h.

Le Dourduff-en-Mer

A Plougasnou, c’est jour de marché et nous casson la croûte à proximité des étals des marchands, ce qui est très pratique ! Les montagnes russes de la matinée nous ont « cassé les pattes » et nous souhaitons cet après-midi prendre un raccourci ! Nous ne suivons plus le balisage mais, à Saint-Jean-du-Doigt, je ne trouve pas la direction que je souhaitais prendre et nous voilà repartis dans une longue descente sans échappatoire qui nous ramène en bord de mer. Pour le raccourci, c’est perdu. Nous retrouvons le balisage et nous le suivons malgré le relief. L’EV4 nous emmène jusqu’à la pointe de Locquirec puis la côte s’adoucit, nous quittons le Finistère pour les Côtes-d’Armor et arrivons à Saint-Michel-en-Grève. Il est 16h30 et il est temps de chercher un hébergement. Près de la plage, nous nous adressons à l’Office de Tourisme pour avoir une liste des campings. Il en existe un tout près mais nous préférons faire les 15 km qui nous séparent de Lannion où nous arrivons au camping à 18h00.  (76 km/6H05)

Eglise de Guimaëc

Panoramique sur l’Île Blanche (Locquirec)

Mercredi 23 juillet. De Lannion à Perros-Guirec. La journée d’hier a été rude. Quel contraste avec les 800 premiers kilomètres de voie verte sur chemin de halage ou ancienne voie ferrée ! Cette nouvelle journée qui commence n’est pas très différente. La sortie de Lannion est éprouvante. Notre tandem est lourd … 200 kilos avec passagers et bagages … les pentes sont très fortes et nous sommes souvent contraints de monter sur notre plus petit développement (26/34). Heureusement, très vite, le paysage nous fait oublier la fatigue. Nous sommes sur la côte de granit rose, Trébeurden, Trégastel, Ploumanach, Perros-Guirec. A chaque détour de la route, le panorama sur la mer et ses îles est un enchantement … nous en prenons plein les yeux. Un agréable petit vent frais nous fait oublier que le soleil est bien présent. Vu la difficulté du terrain, nous sommes contraints de réduire nos étapes et c’est tant mieux car les amis avec qui nous avons rendez-vous à Saint-Quay-Portrieux sont actuellement en mer et il ne faut pas aller trop vite si nous voulons les voir. En arrivant à Perros-Guirec au bout de 40 km, nous constatons que Lannion n’est qu’à 11 km à vol d’oiseau !  (40 km/3H21)

Vue depuis la corniche à Trébeurden

Panoramique à Trégastel

Vue le soir sur Perros-Guirec

Jeudi 24 juillet. De Perros-Guirec à Paimpol. Petite étape encore aujourd’hui et c’est très bien comme ça. La route nous semble un peu plus facile : est-ce le relief qui s’adoucit ou bien nous qui prenons le rythme ? La bonne réponse est la première car l’EV4 s’écarte de la mer, délaissant les pentes abruptes du trait de côte. Nous traversons un paysage rural et agricole, fait de fermes et de champs, où le choux dispute sa place à l’artichaut. Seule la traversée de deux rias, l’une à Tréguier, l’autre à Lézardrieux, nous rappelle la présence proche de la mer qui entaille profondément la côte par endroits. A midi, la pause déjeuner à l’ombre de la cathédrale Saint Tugdual à Tréguier évoque l’histoire des sept saints fondateurs de la Bretagne et du Tro Breiz (Tour de Bretagne), le pèlerinage qui leur est dédié. Nous nous économisons aujourd’hui mais la sortie de la ria de Tréguier va se faire tout de même par la ligne de plus forte pente … c’est à dire à pieds ! La pluie et l’orage menacent toute la journée mais sans effet. Une fois passé le pont de Lézardrieux, nous arrivons très vite à Paimpol. Nous qui sommes natifs de Fécamp, il nous semble que nous débarquons dans une ville soeur, marquée elle aussi par sa grande histoire de port morutier. Pour marquer le coup, nous descendons, face aux bassins, à l’hôtel-restaurant « Le Terre Neuvas » … ça ne s’invente pas !  (47 km/3H28)

… où le choux dispute sa place à l’artichaut.

La cathédrale Saint Tugdual à Tréguier … une des sept étapes du Tro Breiz.

Le port de Paimpol.

Vendredi 25 juillet. De Paimpol à St-Quay-Portrieux. Nous avons rendez-vous aujourd’hui avec nos amis à Saint-Quay. Une fois n’est pas coutume, la sortie de Paimpol est très agréable, aménagée à travers des rues tranquilles puis une petite route qui rejoint le bord de mer. Un sentier nous amène sur le site de l’Abbaye Maritime de Beauport. Propriété du Conservatoire du Littoral, ce milieu naturel abrite  une abbaye du 13ème siècle ainsi que des vasières, roselières, marais et prés salés. Seule ombre au tableau, le balisage est interrompu et nous avons du mal à trouver la sortie. La route monte ensuite jusqu’à Plouezec puis longe la côte. Les anses et les pointes s’enchaînent alors offrant de multiples points de vue plus grandioses les uns que les autres. Plusieurs belvédères équipés de bancs nous invitent au repos et à la contemplation. Le chemin est tellement sinueux que, suite à un moment d’inattention, nous repartons en sens inverse sur trois kilomètres avant de réaliser ce qui nous arrive. Après deux ou trois grimpettes mémorables nous arrivons à Saint-Quay-Portrieux vers 13h00. Nous passons l’après-midi à la plage en compagnie de nos amis qui vont nous offrir l’hospitalité – non pas dans leur appartement, trop petit – mais sur leur voilier au mouillage dans le port de St Quay. De mémoire de plaisancier, on n’avait jamais vu un tandem sur un ponton et encore moins embarquer à bord d’un voilier ! (40 km/3H03)

L’abbaye maritime de Beauport

Saint-Quay-Portrieux : la plage

De mémoire de plaisancier, on n’avait jamais vu un tandem embarquer à bord d’un voilier.

Samedi 26 juillet. De St-Quay à Pléneuf-Val-André. Nos amis sont venus prendre le petit déjeuner avec nous sur la marina. Il est temps de débarquer le tandem et de reprendre la route dont les premiers kilomètres s’annoncent difficile : ça grimpe dur à la sortie de Saint-Quay, puis à Etables/Mer et encore à la sortie de Binic où le balisage est défaillant et nous entraîne dans une sorte de parc public dont nous avons peine à sortir. Peu après Pordic nous rencontrons une famille qui, comme chaque samedi, va faire ses courses à vélo à Saint-Brieuc (une dizaine de km).  Nous n’avons pas prévu de nous arrêter à Saint-Brieuc et l’EV4 non plus. L’itinéraire longe des installations portuaires, traverse le Gouët au premier pont venu et remonte à pic par une route étroite. L’après-midi sera heureusement un peu plus tranquille avec un relief moins prononcé. Nous avons même le plaisir de traverser la vallée du Gouessant sur un viaduc réservé aux piétons et aux cyclistes. Après vérifications, ce viaduc des Ponts Neufs à été inauguré le 11 juillet dernier (voir l’article). Nous sommes donc parmi les premiers voyageurs à emprunter cet ouvrage. En milieu d’après-midi, l’arrivée à Val-André, station balnéaire surpeuplée où les voitures roulent pare-choc contre pare-choc à la recherche d’une hypothétique place de stationnement, nous ramène à la dure réalité de ces vacances que nous tentons d’éviter en voyageant à vélo.(61 km/4H47).

Le viaduc des Ponts-Neufs sur la vallée du Gouessant.

L’anse de Morieux et ses moules de bouchot.

Dimanche 27 juillet. De Pléneuf à St Malo. Depuis notre départ de Morlaix, l’EV4 emprunte essentiellement des petites routes. Peu d’aménagements spécifiques, peu de voies vertes. Aujourd’hui, dès les premiers kilomètres, le Conseil Général des Côtes d’Armor affiche la couleur (voir photo) et nous allons bénéficier de plusieurs tronçons de voies vertes récentes en stabilisé. A Erquy nous souhaitions couper le cap Fréhel par la D786 mais finalement nous nous laissons guider par le balisage de l’EV4. Le relief est moins accentué que dans les jours précédents et le paysage incite à l’abandon (la loi du moindre effort ?). Entre Erquy et les Sables d’Or, nous traversons les prairies humides de l’estuaire de l’Islet sur le Pont des Marais et la Passerelle de la Côtière, deux ouvrages créés par Harel de La Noë pour une ancienne voie ferrée reliant Yffiniac à Saint-Malo. Et voici au loin le Cap Fréhel, un symbole auquel nous ne résistons pas. Une voie verte nous amène à cet autre « bout du monde » où, malgré la barrière de péage, les voitures continuent d’affluer. C’est en tout cas un bel endroit pour sortir notre déjeuner des sacoches. Toujours aussi nombreuses, les côtes nous paraissent moins dures (c’est nous ou le relief ?). A Trémereuc, nous quittons le département des Côtes d’Armor pour celui d’Ille et Vilaine. Le balisage n’y est plus aussi présent mais nous suivons une agréable voie verte tracée sur une ancienne voie ferrée qui nous conduit à Dinard.  Mais ensuite, il faut se rendre à Saint-Malo par le barrage sur la Rance. Et là, c’est « le bruit et la fureur » de la D168, un itinéraire « provisoire » d’après le site officiel, mais à déconseiller formellement aux familles et aux cyclistes peu avertis (faut dire qu’on est un dimanche soir de juillet !!). La traversée du barrage de la Rance est relativement calme mais ensuite on se retrouve sur une quatre voies, autorisée aux cyclistes, vu qu’il n’y a rien d’autre. C’est chaud ! Très chaud !! Nous apprendrons ensuite qu’il existe une navette maritime entre Dinard et Saint-Malo (toutes les 20 minutes en haute-saison). Je vous le recommande : c’est la bonne solution. (83 km/5H48).

Passerelle de la Côtière à Erquy.

Une piste cyclable permet d’aller jusqu’au Cap Fréhel.

Vue sur la lande.

Véloroutes de Bretagne, Tour de Bretagne, EV4 … tout y est.

Lundi 28 juillet. De Saint-Malo à Ducey. Au départ de Saint-Malo, le temps est couvert, bruineux.  Nous sommes maintenant pressés de rentrer. Après quelques courses dans Saint-Malo intra-muros, nous décidons de couper la pointe de Cancale et de filer directement sur la baie du Mont-Saint-Michel que nous touchons à Saint-Benoît-des-Ondes. Entre la D155 et la mer, nous trouvons rapidement une voie verte – aménagée récemment- qui nous emmène par Le-Vivier-sur-Mer et Cherrueix jusqu’aux polders. Aucun cycliste à notre rencontre sur cette piste … ils sont tous sur la départementale ! Il y aurait bien quelque part un problème de jalonnement. Tout le long de la baie, nous gardons l’oeil rivé sur Le Mont qui se dérobe à mesure que nous avançons dans les polders. Nous traversons le Couesnon sur une nouvelle passerelle, à hauteur de Moidrey, passerelle construite à l’initiative du Conseil Général de la Manche et inaugurée en avril 2013. A l’extrémité de cette passerelle, nous prenons la direction du Mont. Ce devait être notre étape de ce soir mais nous avons bien avancé et nous continuons notre route en passant à 5 km de la Merveille. A Beauvoir, nous suivons la V40 (la Véloscénie Paris-Le Mont) qui « circonvolutionne », tantôt sud-est, tantôt nord-ouest, à tel point que tous les repères disparaissent. Le Mont est devant nous et aussitôt après derrière nous. Juste avant Pontaubault, une averse vient nous souhaiter un bon retour en Normandie. Nous rejoignons enfin une ancienne voie de chemin de fer qui nous emmène jusqu’à Ducey, étape de ce soir. (82 km/5H08).

On approche du Mont à travers les polders.

Après avoir traversé le Couesnon, il faut prendre la direction du Mont Saint Michel.

A Beauvoir, Véloscénie, V40, Tour de Manche, EV4 … un jalonnement exemplaire.

Mardi 29 juillet. De Ducey à Vire. A ceux de nos lecteurs qui contrôlent notre kilométrage journalier, nous signalons qu’ils peuvent enlever tout de suite de cette étape 6 kilomètres dont nous aurions pu faire l’économie si nous avions pensé à rendre les clefs de notre chambre en quittant l’hôtel. Ce sera pratiquement la seule anecdote de la journée. La voie verte suit une ancienne voie ferrée. Les pentes sont très faibles (on finit par le regretter) et le panorama est souvent obstrué par deux talus ou deux rangées d’arbres. Les seules distractions de la journée sont les anciennes gares, revendues comme résidences principales ou secondaires et les panneaux d’information à la gloire de Fulgence Bienvenüe qui n’a pas oeuvré que pour le métro parisien … Un peu avant Mortain, se trouve un important carrefour de voies vertes : nous quittons la Véloscénie (V40 Paris – Le Mont-Saint-Michel) et continuons sur l’EV4 en direction de Vire. En passant près de Mortain, nous décidons de quitter la voie verte pour aller déjeuner en ville. Quelle idée ! Nous plongeons littéralement vers un ruisseau (la Cance) pour remonter ensuite une pente très raide qui nous oblige à mettre pied à terre et à continuer en poussant. Dans le centre de Mortain, de nombreux cyclistes sont attablés en terrasse des bars et restaurants qui bordent la rue principale et nous en verrons plusieurs autres arriver pendant notre pause. Grâce soit rendue au vélo-tourisme. Nous ressortons de Mortain par la route de Vire, passons devant l’Abbaye Blanche et les cascades, et rejoignons la voie verte qui va nous mener jusqu’à Vire. Le chemin est toujours monotone et nous apprécions au passage  les haltes randonneurs de Sourdeval et Saint-Germain-de Tallevende qui sont dans un très bon état de propreté. Nous n’étions jamais venus à Vire autrement qu’en voiture et nous y faisons la douloureuse découverte qu’à l’instar de Mortain, Vire est une ville haut perchée.  (82 km/5H59).

Une ancienne gare devenue maison d’habitation.

L’Abbaye Blanche de Mortain.

Panorama sur le bocage.

Mercredi 30 juillet. De Vire à Caen. C’est la dernière étape de ces vacances et nous nous réjouissons à l’avance de pouvoir dormir ce soir dans notre lit. A la sortie de Vire, nous attrapons la voie verte Vire – La Graverie, équipée à chaque intersection de barrières incompatibles avec la circulation des tandem et autres vélos avec remorque. Encore une fois, pour empêcher physiquement le passage des véhicules qui y sont interdits par la Loi, on pourrit la vie de ceux à qui ces équipements sont destinés : cyclistes mais aussi PMR. C’est exaspérant. On en vient à souhaiter que cette voie verte s’arrête au plus tôt pour pouvoir rouler enfin d’une manière régulière. Après La Graverie, nous continuons sur la véloroute de la Vallée de la Vire qui chemine dans le bocage à force de montées et de descentes. Au terme d’une de ces descentes, plus importante que les autres, nous arrivons sur le site du Viaduc de la Souleuvre. L’endroit est magique d’autant plus que nous y sommes seuls, hormis le personnel du restaurant qui s’active à préparer l’arrivée des amateurs de sensations fortes. Nous aussi nous éprouvons quelques sensations à remonter ce que nous avions descendu … mais ce sera à pied ! Tout en haut, nous rencontrons un groupe de vélo-touristes qui nous disent terminer leur « Tour de Manche ». A la Ferrière-Harang, se situe un carrefour important de la véloroute des Plages du Débarquement au Mont-Saint-Michel : une branche part vers Pont-Farcy pour rejoindre Utah Beach via Saint-Lô et Carentan ; l’autre, que nous allons suivre, part vers Omaha Beach via Villers-Bocage et Bayeux (voir nos précédents articles, ici et ). Cette véloroute à travers le bocage est épuisante pour ceux qui, comme nous, sont lourdement chargés. Entre Cahagnes et Villers-Bocage, sur la D193 qui devrait être une petite route « tranquille », nous sommes surpris par la vitesse excessive de quelques automobilistes, vitesse incompatible avec la sécurité des uns comme des autres. Ce type de route étroite, itinéraire conseillé aux cyclistes, devrait être limité à 70 km/h. A Saint-Vaast-sur-Seulles, nous rendons hommage à la magnifique halte randonneurs pour une pause bien méritée. C’est ici que s’arrête l’enchaînement de véloroutes et voies vertes que nous suivons depuis trois semaines. Nous traçons maintenant notre route vers Caen par un itinéraire de petites routes que nous connaissons bien (Vendes, Tessel, Cheux, Saint-Manvieu-Norrey, Rots et Authie), itinéraire qui pourrait très bien être aménagé afin d’amener les cyclistes caennais sur la véloroute des Plages du Débarquement. Nous arrivons donc à Caen par Authie, et c’est l’abbaye d’Ardennes qui nous accueille au terme d’un périple de 1400 km (à 9 km près) pendant lequel nous avons roulé en tout 1/2 heure sous la pluie. (85 km/6H04).

Peu après Vire.

Un exemple de chicane à décourager tandems et vélos avec remorque..

La véloroute traverse le site du viaduc de la Souleuvre.

Retour à Caen, l’abbaye d’Ardennes.

(Fin …)

Retour à la première partie.

Retour à la deuxième partie.

4 commentaires sur Voyage au « bout du monde » (3)

  • Jérôme

    Merci André-Pierre pour ce reportage qui donne envie de repartir en vacances !
    Pour avoir parcouru une partie de ce trajet, je confirme les remarques d’André-Pierre. J’aurais cependant tendance à être plus méchant que lui.
    Nous nous sommes perdus aux mêmes endroits : abbaye de Beauport, avant St Quay et sortie sud de Binic. Près de Beauport il y a deux chemins sans panneau. Aucun des deux n’est correct (étroits, graviers, montée raide…). A la sortie de Binic, c’est pire. On entre dans une espèce de parc, sur des chemins en stabilisé ravinés avec des côtes impossibles. C’est un véritable labyrinthe, la signalisation ne correspond pas aux indications données aux entrées, lesquelles ne sont pas toutes les mêmes : d’un côté il faut suivre le vert, de l’autre le bleu. Peu importe, car au milieu il n’y a plus ni vert ni bleu ! Et quand on trouve enfin la sortie, c’est pour se retrouver quelques centaines de mètres plus loin, sur la route qu’on avait quittée, après avoir monté et descendu, sans même voir la mer…
    Cette véloroute, en tout cas entre Morlaix et St Brieuc, ne respecte pas vraiment le cahier des charges national. Mais on ne regrette finalement pas qu’il y ait si peu d’aménagements cyclables à proprement parler : lorsqu’ils existent, ils sont mal revêtus.
    Entre St Malo et Dinard, j’ai voulu tester la solution de secours préconisée par AP, mais le bateau qui fait la navette, et le quai d’embarquement, ne sont pas du tout prévus pour des vélos chargés. Il aurait fallu enlever toutes les sacoches, porter les vélos, les mettre je ne sais où… On a pris la 4 voies…
    D’une façon plus générale, je trouve qu’on touche là l’une des clefs du problème : on ne peut pas faire une véloroute satisfaisante « hors sol », c’est à dire conçue comme un maigre fil au milieu d’un univers pensé pour l’automobile. Les camping caristes ont bien plus de facilités pour découvrir la côte bretonne que les cyclotouristes : ils ont accès à tout, et sont bienvenus partout.
    Pour progresser, les aménageurs devraient prendre en compte le vélo partout, et pas seulement sur l’étroit passage de la véloroute (où, en outre, ils devraient le faire en sachant de quoi ils parlent : les aménageurs de cette véloroute ne doivent pas avoir une grosse expérience du cyclotourisme…).
    La côte bretonne a un défaut : elle est très urbanisée. Les paysages sont beaux, mais encombrés de maisons. Cette urbanisation extensive a généré un recours massif à la voiture pour les déplacements. Nous avons vu avec effroi dans plusieurs villages que le boulanger avait quitté le centre bourg pour s’installer en périphérie, avec grand parking et « drive in » (en grand breton dans le texte) ; les abords des petites villes (disons Lannion) n’ont pas grand chose à envier à ceux de San Fransisco : échangeurs interminables, zones commerciales… Que dire aussi de la magnifique place centrale de Tréguier, où tout l’espace est réservé aux voitures, en circulation ou en stationnement, à l’exception d’un maigre trottoir, alors que les panneaux annoncent une « zone de rencontre » et invitent à la « priorité aux piétons » ?
    Certes, cette aménagement favorable au tout-voiture n’est pas réservée à la Bretagne, mais je l’ai trouvée particulièrement visible dans ces parages.
    Bon : c’est joli quand même, et, pour reprendre des forces avant les montées, les galettes sont bonnes !

  • poulain

    Merci pour ce beau récit, idéal pour commencer sa journée.

  • Merci pour ce récit qui donne envie de repartir !

    L’itinéraire de notre Tro-Breiz en tandem se superpose au vôtre en quelques points et on revit les montées looonngguues et leeennntttes ! Mais on revoit aussi ces paysages fabuleux et mérités.

  • Bonjour, Je suis à L’AF3V et m’occupe de l’animation du réseau. J’ai vu ce récit intéressant voyage au « bout du monde ». Nous cherchons ds articles qui donnent envoie aux lecteurs de Vélocité de se mettre à la randonnée à vélo. Est -il possible de demander à Pierre André une petite adaptation pour qu’il fasse :7500 à9000 signes? avec 4 photos
    Cordialement