Dérailleurs

Circuler à vélo à Caen … mise au point

Le dossier de Ouest-France (édition de Caen du 16 mai) intitulé « Circuler à vélo à Caen » mais plus encore l’article publié sur le site du même journal et intitulé « Les conseils de Dérailleurs pour bien rouler à vélo en ville » illustrent bien à quel point il est difficile de communiquer auprès du grand public sur un sujet comme le vélo au quotidien. Un sujet qui paraît simple de prime abord (et qui devrait l’être) mais qui devient complexe dans une société qui n’a pas encore fait sa révolution en matière de mobilités douces et dont le subconscient collectif est manifestement encore très empreint par l’automobile.

Loin de nous l’idée de juger cet article. Nous avons été consultés. Nous avions beaucoup de choses à dire dans une interview qui a duré une heure. Ensuite, le journaliste qu’il soit de presse ou d’audio-visuel est contraint par un format et tente d’y faire passer l’essentiel. Or, l’exercice est difficile, le résumé est souvent réducteur de la pensée, le vocabulaire parfois technique peut amener des contresens.

Nous avons donc repris ci-dessous l’article publié sur le site de Ouest-France en le commentant phrase par phrase afin d’y apporter un développement ou un éclaircissement. Le contenu de l’article est transcrit en caractères normaux, nos commentaires sont en italique et en bleu.

André-Pierre Hodierne est président de l’association Dérailleurs. Depuis sa création en 1990, l’association milite pour le vélo en ville. Il livre conseils et astuces.

Nous avions été sollicités initialement pour parler des « points noirs » sur Caen et sur l’agglomération. Lors d’un entretien avec un journaliste de Ouest-France, et en accord avec le CA de Dérailleurs, je n’ai pas souhaité parler du vélo sous cet angle. A Dérailleurs, nous souhaitons faire la promotion du vélo, pas faire peur aux futurs usagers avec des problèmes d’aménagement dont nous discutons régulièrement avec les collectivités territoriales. La suite de l’entretien a donc porté sur les conseils à donner à des personnes qui souhaiteraient utiliser leur vélo au quotidien.

Pour lui, la situation des cyclistes s’est largement améliorée depuis vingt-six ans, que ce soit dans les aménagements réalisés ou la cohabitation avec les autres moyens de transports.

Effectivement, nous constatons depuis quelques années (26 ans, c’est un peu loin) une amélioration dans les aménagements réalisés (faut-il rappeler qu’on partait de rien …) et dans la cohabitation avec les autres moyens de transports (la circulation automobile tend à se pacifier en ville et sur route : diminution de la vitesse moyenne des véhicules ; meilleure prise en compte des cyclistes due à leur nombre croissant). Mais n’exagérons rien … parlons par exemple de la recrudescence récente des incivilités en matière de stationnement.

Le plus gros des aménagements a été réalisé : il y a du double sens cyclable dans tout le centre ville, des aménagements en zone 30. « L’effort qui reste à réaliser est sur les entrées de ville : que ce soit la rue de Falaise, en venant de Bretteville-sur-Odon ou encore l’avenue Clemenceau. Aujourd’hui, on peut quasiment faire le tour de l’agglomération caennaise en empruntant les pistes cyclables« , note encore le président.

Le plus gros des aménagements a été réalisé … ce ne sont pas les propos tenus. Nous avons dit : « Le plus facile a été fait » en commentant la situation actuelle où c’est le calme plat côté aménagements. Nous avons effectivement cité comme points urgents les entrées de ville et la discontinuité des aménagements cyclables et considéré que certains chantiers étaient lourds à traiter.

Il tient à rappeler que le vélo en ville « est beaucoup moins dangereux qu’en campagne. S’il peut y avoir des accrochages, ils sont nettement moins graves.« 

C’est une constatation basée sur toutes les statistiques d’accidentologie. Ces statistiques s’expliquent en grande partie par un différentiel de vitesse moindre entre automobiliste et cycliste.

Le président de l’association livre quelques conseils pour circuler en ville, que ce soit en promenade ou en usage quotidien.

L’itinéraire, il faut préparer

Il existe des plans avec l’ensemble des aménagements vélos ou encore mieux l’application geovelo qui permet de préparer des itinéraires selon différents critères (recommandé, rapide, ou sécurisé), selon son niveau (débutant ou confirmé). « Cela permet d’éviter de se retrouver sur des axes fréquentés ou de repérer les ruptures de voies qui débouchent sur des routes dangereuses.« 

Découvrez ici le plan des aménagements « vélo » à Caen.

Le cycliste débutant a tout intérêt à préparer son déplacement avec soit un plan des aménagements cyclables (mais aucun ne couvre toute l’agglo), soit une application comme « geovelo » qui a comme terrain de jeu l’agglomération Caen-la-Mer. En effet, l’ancien automobiliste devenu cycliste doit réapprendre la ville car il ne suivra pas à vélo le même itinéraire qu’en voiture : présence de pistes cyclables mais également de rues tranquilles … et même de sens de circulation qui lui étaient autrefois interdits.

Les poids lourds, il faut éviter

C’est l’ennemi du cycliste. « Même s’il y a une piste cyclable à côté de lui, il vaut mieux rester derrière, prévient le président. Dans un camion, il y a de nombreux angles morts qui font qu’ils ne voient pas les vélos s’ils manoeuvrent ou tournent à droite notamment. » Une remarque qui vaut aussi pour les chauffeurs de bus, même s’ils sont davantage habitués.

Je persiste et je signe. Les collisions avec les poids-lourds sont la principale cause de mortalité des cyclistes en milieu urbain. Ce sont des accidents heureusement très rares et malheureusement souvent gravissimes : raison de plus pour rester vigilants.

Tourne à droite, il faut anticiper

A de nombreux carrefours, les cyclistes ont la possibilité de tourner à droite même si le feu est rouge. « C’est une bonne chose car cela permet d’éviter les ruptures de rythme, qui sont redoutées des cyclistes. Mais il faut quand même rester vigilants et respecter les règles de priorité. »

Le panneau « tourne à droite » ou plus rarement « va tout droit » installé au niveau des feux de circulation permet au cycliste de franchir l’intersection en s’assurant de laisser la priorité aux piétons et aux véhicules.

Cela vaut aussi pour le double-sens, largement aménagé en ville. « Le conducteur de voiture va souvent anticiper le passage des voitures sans regarder côté vélo. Il faut donc anticiper.« 

Cette dernière remarque, difficile à comprendre hors de son contexte, visait les conducteurs circulant sur un axe perpendiculaire au sens de progression du cycliste.

« Il faut donc anticiper » … ce conseil vaut pour tous les usagers de la route et de la rue, automobilistes, cyclistes et piétons.

Dans les ronds points, à l’extérieur il faut mieux rester Se placer à l’intérieur ou à l’extérieur ? « Il vaut mieux rester à l’extérieur et garder le bras à gauche tant qu’on ne sort pas.« 

Au cours de la conversation nous avons évoqué le cas épineux des rond-points, de leur aménagement et du comportement du cycliste dans tout ça. Rien que ce point mériterait un article tout entier tant le sujet est complexe : rond-point à une seule voie de circulation, rond-point à deux voies de circulation, rond-point avec une bande cyclable à l’intérieur, rond-point avec une piste cyclable à l’extérieur et venant couper les branches sortantes … Si on doit circuler à l’intérieur du rond-point (avec les voitures donc), nous conseillons de tendre le bras gauche pour indiquer aux automobilistes qu’on continue à tourner autour du rond-point …

Des équipements, il faut porter

Il faut porter le casque, qui est de toute façon obligatoire, ne pas hésiter à porter des vêtements clairs, des écarteurs de danger ou un gilet qui permettent d’être vus.

Ce paragraphe en a fait bondir plus d’un ! Ceux qui connaissent un tant soit peu le monde du cyclisme urbain, la FUB, Dérailleurs ou son président savent bien de quoi il retourne … mais les autres lecteurs ?? Rappelons donc ici que le port du casque n’est pas obligatoire en France, sauf pour les enfants de moins de 12 ans (depuis le 02/10/2015) et que nos associations sont farouchement opposées à toute loi qui viendrait à rendre le casque obligatoire. Selon la FUB, « Ce débat est trop souvent caricaturé en « Pour ou contre le casque ». Nous respectons ceux qui ont l’habitude d’en porter mais avec de nombreux partenaires français et étrangers, nous affirmons qu’il vaut mieux se déplacer à vélo sans casque que renoncer au vélo ! Ce qui importe, c’est d’informer correctement les cyclistes pour que chacun évalue les risques liés à sa propre pratique et en tire les conséquences. » Voir ICI le dossier casque.

Pour conclure, nous sommes bien conscients que ces quelques éclaircissements sont loin de faire le tour de la question pour « bien rouler à vélo en ville ». Nous vous proposons d’approfondir ces notions en allant visiter le site de la FUB (la fédération des usagers de la bicyclette) http://www.fub.fr/ aux rubriques « Ma sécurité » et « Le vélo et la ville ».

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