Dérailleurs

Plan Vélo départemental : l’EV4

Le plan vélo départemental du Calvados : 3ème partie. Dans l’article précédent, nous examinions par le détail la barre verticale du « T » départemental, partie intégrante de la V43 ou Vélo Francette. Cette semaine, c’est le tour de la barre horizontale, à savoir la véloroute du littoral qui fait partie de la véloroute européenne n°4 (Roscoff – Kiev) et déclinée localement sous les appellations « Véloroute du Bessin », « Véloroute de la Côte de Nacre » et « Véloroute de la Côte Fleurie ». Considérée dans le plan vélo, avec la V43, comme l’armature du réseau cyclable départemental, la véloroute littorale, si elle n’est pas au point mort, n’a pas beaucoup progressé en 12 ans, et les tronçons réalisés sont loin de la qualité espérée …

L’EV4 en France.

La véloroute qui emprunte le littoral du Calvados est un élément de l’EuroVélo-route n°4 (EV4), projet européen de 4.000 km visant à relier Roscoff (en Bretagne) à Kiev (en Ukraine). Sur le parcours français de l’EV4, de Roscoff à Bray-Dunes, Dérailleurs agit comme « délégué d’itinéraire » de l’AF3V en essayant de collecter les informations et d’être présents aux réunions auxquelles l’AF3V est invitée.

Cette EuroVélo-route n°4 commence à être visible sur le territoire français, même si elle n’est pas exempte de reproches :

  • La région Bretagne la considère comme presque finie, car il existe un itinéraire jalonné quasi continu entre Roscoff et le Couesnon. Cependant, le choix du tracé et la qualité de l’itinéraire sont à nos yeux perfectibles.
  • Le département de la Manche a réalisé un itinéraire qui ne correspond pas aux choix définis au départ en éloignant la véloroute du littoral ouest : elle emprunte le tracé d’anciennes voies ferrées, rejoint la mer vers Barfleur, et, après un étrange petit tour dans le Val de Saire, revient sur ses pas et entre dans le Calvados, où elle disparaît, à Isigny. Là aussi, outre un choix d’itinéraire qui n’est pas à nos yeux pertinent, la qualité des aménagements n’est pas sans reproche. (NDLR : le département de la Manche a récemment rendu public le projet de relier Avranches à Coutances en passant par Granville ce qui ressemble plus à l’idée que l’on se fait d’une véloroute du littoral).
  • En Seine-Maritime, l’EV4 n’est pas indiquée comme telle. Elle existe cependant dès la sortie nord du Havre : c’est la « véloroute littorale », itinéraire jalonné sur de petites routes, plutôt agréable mais souvent très sportif et sans aménagement particulier.
  • Plus au nord, on la retrouve par tronçons, dans la Baie de Somme, du côté de Boulogne et des caps, de Dunkerque, ou à la frontière belge. Quelques passages sont bien aménagés, mais l’ensemble manque de cohérence et, là aussi, des choix d’itinéraire ou d’aménagements ne sont pas toujours les meilleurs.
  • Elle est en revanche continue, et en général de bonne qualité, mais sans que l’appellation EV4 apparaisse, de la frontière belge à l’Allemagne, en passant par Rotterdam, les vallées du Rhin et du Main.

Sous l’impulsion de DRC (Départements et régions cyclables), les collectivités françaises concernées ont décidé d’œuvrer à l’ouverture de l’intégralité de la partie française. Pour cela, elles ont tenté d’obtenir des fonds européens par le biais de la création d’un projet commun avec le Royaume-Uni (une extension du « Tour de Manche »), dont le « brexit » risque fort d’empêcher l’aboutissement. Il fut un temps question d’une ouverture en 2017. Il semble certain aujourd’hui que cet objectif ne sera pas tenu.

Il est évident que toutes ces régions ont là une carte touristique importante à portée de main. Les succès de « La Loire à Vélo » sur l’EV6, ou de la « Vélodysséee » (EV1) sur la côte Atlantique sont là pour le prouver. Mais il faudrait pour y parvenir bien définir l’itinéraire, et construire des aménagements de qualité. Pour nous, le choix est simple : la véloroute littorale doit autant que possible passer sur le littoral, et permettre aux cyclistes d’en découvrir les sites naturels et historiques dans de bonnes conditions. Doivent s’ajouter à ces objectifs de politique touristique la prise en compte des déplacements locaux, qu’ils soient de loisirs ou utilitaires.

L’EV4 dans le Calvados, d’ouest en est.

Le département du Calvados tient là une place centrale à tous points de vue : proximité des grands bassins de population pourvoyeurs de cyclotouristes (sud du Royaume Uni, Benelux et Ile de France), prise en compte des loisirs des Caennais, possibilité d’offrir un linéaire très souvent en bord de mer, et de profiter de l’EV4 pour amener un autre regard sur les déplacements, tant des touristes que des résidents, en particulier sur la Côte de Nacre et la Côte Fleurie.

Pourtant, le département n’a pas su, ou pas voulu, prendre la main sur ce dossier. Il a agi depuis 12 ans en fonction des souhaits ou des oppositions des élus locaux ou des riverains, avançant un peu ici ou reculant là, en espérant que les réalisations « donneraient envie » aux récalcitrants d’aller plus loin, et sans vouloir remettre en cause l’hégémonie de la voiture, tant pour les déplacements des habitants que dans la tête des commerçants et des maires.

De Isigny à Arromanches. A l’origine, en 2004, le Plan Vélo indiquait que le Conseil départemental, dans le cadre de la prévention du recul du trait de côte dans le Bessin, allait acquérir une bande continue de 20 m en bordure de falaise, et y implanter une voie verte. Ce choix semble avoir été abandonné, en raison des oppositions locales et des contraintes budgétaires. A ce jour, la véloroute n’existe pas entre Isigny et Vierville/Mer, et, à notre connaissance, aucune étude n’est engagée dans ce secteur.
Des panneaux estampillés « véloroute littorale » existent en revanche entre Vierville et Sainte Honorine des pertes, avec un vide particulièrement sensible au niveau du cimetière américain, dont l’administration s’est pour l’instant opposée à la création de l’itinéraire. Le choix de l’itinéraire est bon, mais les aménagements sont perfectibles : la route principale sans aménagement sur la partie ouest d’Omaha, un petit morceau de piste cyclable, un autre d’une voie verte étroite et mal revêtue à l’est, puis des petites routes intéressantes au revêtement inégal. Après une interruption, on retrouve l’EV4 avant Port en Bessin, et nous avons déjà exprimé notre inquiétude quant au tracé retenu : s’il est touristiquement intéressant, il est cyclopédiquement dangereux (une pente à 18% sur une route étroite et pavée, c’est pour certains impossible à monter, et pour d’autres dangereux à descendre). Il n’y a ensuite plus rien avant Arromanches, mais des projets devraient voir le jour (appel d’offres en cours) entre Longues et le port artificiel : jalonnement sur des routes et chemins existants. A suivre…

De Arromanches à Ouistreham. Les fiches du Conseil Départemental proposent ensuite de relier Courseulles par l’intérieur : c’est la « véloroute BSM », du nom de la communauté de communes Bessin-Seulles-Mer en voie de disparition qui l’a créée, et dont nous avons déjà dit le mal que nous en pensions (voir ici). En outre, on parle ici de véloroute littorale, et nous attendons donc de pied ferme un itinéraire littoral. Il existe d’ailleurs entre Arromanches et Asnelles, principalement sous la forme d’une voie verte correcte, mais dont nous dénonçons le revêtement « bas de gamme » (il paraît que la « loi littoral » n’autorisait pas autre chose) et le régime de priorités non conforme au code de la route (voir ici). On trouve quelque chose d’un peu plus long entre Courseulles et Ouistreham, mais si la continuité est assurée par des panneaux, les aménagements sont très inégaux, et souvent de mauvaise qualité : nous avons déjà eu l’occasion de le dire (voir ici). Seules les pistes cyclables Luc/Lion et Colleville/Ouistreham répondent globalement aux critères de qualité attendus. C’est ici clairement la place de la voiture qui pose problème : on ne veut pas supprimer une seule place de parking, et on semble préférer voir en bord de mer des voitures garées que des vélos qui passent.

De Ouistreham à Honfleur. Après un tronçon commun avec la V43 entre Ouistreham et Bénouville, l’EV4 traverse le canal. Il y a une quasi-continuité jusqu’à Dives sur Mer. Cependant, la fragilité de la digue de la rive est de l’Orne (entre le pont de Ranville et Sallenelles) interdite aux vélos pour une durée indéterminée, l’absence d’entretien de la presque totalité des aménagements qui sont dégradés, et une traversée de Cabourg qui reste aménagée de manière très succincte (logos vélos peints au sol) ne donnent pas une bonne impression d’ensemble, et ne permet pas un autre usage que le loisir. Si des discussions sont en cours pour l’aménagement Dives-Houlgate (où la solution proposée pour le moment demande aux cyclistes de mettre pied à terre …), il n’y a ensuite plus rien jusqu’au pont de Normandie, mis à part quelques bandes cyclables à Deauville et une piste à l’entrée ouest de Honfleur. Le plan vélo prévoyait que la liaison Deauville-Honfleur ne pourrait être réalisée qu’à long terme, et envisageait, dans l’attente, un passage par Pont l’Evêque. A ce jour, il n’est plus du tout question d’une véloroute littorale sur ce tronçon, et la liaison par Pont l’Evêque n’est pas terminée : la sortie sud de Deauville pose des problèmes d’acquisitions foncières autour de l’hippodrome, et s’il existe un jalonnement sur de petites routes agréables ensuite jusqu’à Pont l’Evêque, puis une voie verte ancienne jusqu’à Saint André d’Hébertot, il n’y a à notre connaissance aucun projet ensuite pour rejoindre Honfleur. Honfleur est d’ailleurs l’exemple type d’une ville qui se soucie bien peu des cyclistes alors que la pression de la voiture, et la place occupée par les parkings, y sont très importantes. Le cyclotouriste de passage aura du mal à y stationner son vélo, puis à trouver son chemin, en particulier s’il veut rejoindre Le Havre …

Sur l’ensemble du parcours, le jalonnement, quand il existe, reste perfectible.

Bref, après 12 ans de plan vélo, le bilan est bien maigre, et les engagements semblent bien difficiles à tenir. En outre, il y a des défauts majeurs dans la qualité de l’itinéraire, qui ne réussit pas à dégager une place suffisante pour les vélos dans un secteur où la voiture est reine, et où les principaux acteurs (élus et commerçants) auraient plutôt envie de lui donner encore plus de place. Nous n’avons pas mesuré, mais, grosso modo, nous dirions qu’1/3 de l’itinéraire potentiel dans le Calvados est aménagé (*), et que moins de la moitié de ces aménagements répond aux critères de qualité attendus. Si la V43 reflète les succès du plan vélo, l’EV4 en montre les limites …

(*) NDLR : fin 2014, le Conseil départemental annonçait 99 km réalisés sur 198 km, pour moitié en site propre et l’autre en site partagé

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