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Plan vélo départemental : les fausses pistes

Le plan vélo départemental du Calvados : 6ème partie. Dans le cadre de son plan vélo, le département réalise lui-même des aménagements cyclables dont nous louons régulièrement la qualité même si nous sommes en désaccord sur quelques points. Mais le plan vélo subventionne également des communes et communauté de communes pour des équipements cyclables qui sont bien loin de respecter les règles de l’art en la matière …

Les règles de l’art. Initié en 2004, le plan vélo départemental prévoyait la réalisation d’aménagements cyclables. Un aménagement cyclable est un aménagement de voirie qui doit répondre à certaines caractéristiques, lesquelles sont définies notamment par le Code de la route, les règles de l’art en matière d’aménagements routiers rédigées par le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), le cahier des charges des véloroutes et voies vertes.

Le Conseil Départemental conditionne d’ailleurs en théorie les subventions attribuées aux communes et communautés de communes pour réaliser des aménagements cyclables au respect de ces règles, et il a édité à leur intention un « guide de bonne conduite ». Ce guide est à notre avis plutôt bien fait, et nous ne sommes véritablement en désaccord que sur deux points : les règles de priorité, et les dispositifs anti-intrusion.

Règles de priorité. En effet, le Conseil départemental invite les promoteurs de projets cyclables à faire en sorte que les cyclistes laissent systématiquement la priorité (implantation de panneaux cédez le passage ou stop) aux véhicules circulant sur les voies traversées. Or, ceci est dans certains cas (par exemple lorsqu’une piste ou bande cyclable longe une route prioritaire) contraire au Code de la route, et le CEREMA indique qu’il faut donner dans les autres cas la priorité aux usagers de la voie la plus fréquentée, y compris si c’est la voie verte ou la piste cyclable.

Dispositifs anti-intrusion. En ce qui concerne les dispositifs anti-intrusion (barrières, chicanes), nous estimons qu’ils sont souvent plus gênants, voire dangereux, pour les cyclistes, que pour les véhicules qu’ils cherchent à  détourner. Notre position rejoint là aussi celle du CEREMA : il ne faut en mettre qu’en dernier ressort, jamais a priori, et en étudiant tous les paramètres.

Les « fausses pistes ». Si les réalisations dont le Conseil départemental assure la maîtrise d’œuvre sont rarement prises en défaut (largeur, signalisation …), il n’en va pas de même de celles qui sont réalisées par des communes ou communautés de communes, y compris lorsqu’elles ont bénéficié pour cela d’une subvention dans le cadre du plan vélo et que l’itinéraire figure ou non (cas des « boucles locales » ou des accès aux collèges …) au schéma départemental retenu en 2004.

Toutes ces prétendues « pistes cyclables », « voies vertes » et autres « trottoirs partagés » et « cheminements mixtes » ou « doux » (ces trois derniers termes n’existent pas dans le Code de la route) ne répondent que très rarement aux « règles de l’art », et sont parfois dangereux, ne serait-ce que parce que :

  • les cyclistes qui préfèrent ne pas les utiliser sont incompris de la plupart des automobilistes qui pensent à tort que les « pistes cyclables » sont obligatoires alors que ce n’est plus vrai depuis 1998 ;
  • elles sont faites non pour assurer confort et sécurité aux cyclistes, mais pour éloigner ceux-ci de la chaussée et éviter qu’ils n’y ralentissent les voitures.

Quelques exemples. Ces aménagements figurent de plus en plus souvent sur la documentation éditée par le Conseil départemental (« Le Calvados à vélo »). Nous avions évoqué la « véloroute BSM » (Arromanches-Courseulles) ; nous reviendrons ultérieurement sur les aménagements mis en place dans la communauté de communes Cabalor. Nous pourrions aussi parler de l’agglomération caennaise : la liste serait longue de ces prétendues « pistes cyclables », construites parfois à grands frais et finalement sans intérêt, voire pire …

Mais quelques photos valent parfois mieux qu’un long discours : voici des exemples dans un périmètre réduit, entre Douvres et Ouistreham, de cet art qui cherche à nous faire prendre des vessies pour des lanternes,  qui ne trompe finalement que ses concepteurs, mais permet d’aligner des kilomètres « d’aménagements » dans les bilans et sur les cartes …

-à Luc sur Mer : illustration de notre désaccord en matière de règles de priorité. Une bande cyclable longe la route prioritaire. Les cyclistes doivent s’arrêter. Beaucoup, pour cette raison, n’utilisent pas l’aménagement ou en sortent à l’approche des carrefours : c’est ridicule !

-à Douvres la Délivrande, les cartes du Conseil départemental recensent une voie verte. C’est la promenade Thomas de Douvres, un chemin interdit aux véhicules à moteur, qui ne répond pas (largeur, revêtement, signalisation) au cahier des charges des voies vertes.

-à Douvres toujours, on devrait trouver en venant de Langrune vers la basilique une piste cyclable. On découvre un chemin baptisé « voie verte », à peine aménagé, qui abandonne quelques mètres plus loin les cyclistes en se transformant en un trottoir sur lequel ils sont interdits : faut-il prendre son élan et s’envoler ?

-à Hermanville, la « piste cyclable » promise n’est elle aussi qu’un chemin de graviers, étroit et sans signalisation. Quels cyclistes l’utilisent ?


-à Colleville-Montgomery. Entre le bourg et la plage de Colleville, la « piste cyclable » attendue est une bande d’une largeur inférieure à la norme (elle fait par endroits moins de 50 cm là où il faut au moins 1,50 m), mal revêtue et signalée, et qui s’arrête brutalement aux abords des carrefours, là où la circulation devient réellement plus compliquée pour les cyclistes. C’est plus dangereux que rien …


-à Ouistreham-Riva Bella enfin, la « piste cyclable » indiquée sur les cartes est, au mieux, un trottoir, et souvent un parking.

Depuis 2004 et le vote du plan vélo, le législateur a beaucoup travaillé en faveur des cyclistes (création des double sens cyclables, par exemple). Malheureusement, les règles en matière d’aménagements et de circulation à vélo sont encore largement méconnues et/ou inappliquées. Il y a là un enjeu important pour la crédibilité des élus, des services techniques, et la mise en place d’aménagements réellement adaptés.

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