Dérailleurs

Becquerel : 10 ans de PDU et toujours rien !

C’est un fait : les cyclistes sont de plus en plus nombreux. Oui, mais pas partout : de nombreuses études ont montré que la part du vélo dans les déplacements progressait dans les centres-villes, mais pas en périphérie. Or, si l’on veut vraiment développer l’usage du vélo, c’est là qu’il faut agir. Contre-exemple. A Hérouville, la D 401 (Bd Henri Becquerel), entre le giratoire de Citis et la D 60 (route de Lion/Avenue du Gal de Gaulle) vient d’être refaite. C’est une voie très empruntée par les cyclistes circulant au nord de l’agglomération caennaise. Et pour cause : c’est la seule liaison possible entre le Chemin Vert et les communes du nord-ouest (St Contest, St Germain la blanche Herbe) d’une part, et Hérouville d’autre part. (Rappel : le boulevard périphérique est interdit aux vélos !).

Une liaison structurante. La D401 dessert de grands équipements stratégiques pour le développement du vélo (CHU, campus 2, centres commerciaux…). C’est aussi une voie de liaison « loisirs » puisqu’elle relie des infrastructures cyclables et des routes très empruntées par les cyclistes « sportifs » et « loisirs » : piste vers Creully/vallée de la Mue, piste vers Douvres et, plus loin, chemin de halage. C’est un tronçon relativement court mais particulièrement dangereux (avec la D 60).

Une claire discontinuité. Elle est en agglomération : l’article L228-2 du code de l’environnement s’impose : il y a obligation de créer des aménagements cyclables dès qu’il y a travaux de voirie. Circonstances aggravantes: de tels aménagements sont prévus au PDU de 2001, et devraient avoir été réalisés depuis 5 ans déjà au plus tard (rappelons au passage que le PDU avait volontairement été voté comme « peu ambitieux » pour favoriser sa réalisation) ; l’espace ne manque pas (la chaussée elle-même est très large et les bas-côtés enherbés encore plus). En outre, la ville de Caen a déjà réalisé un aménagement complet sur son territoire, entre le Chemin Vert et le giratoire de Citis. Il y a donc là une claire discontinuité.

Un empilage de responsabilités. Cette voie est une route départementale. Le Conseil Général l’a refaite « à l’identique », c’est à dire pour une circulation automobile dense et rapide, avec un beau goudron bien roulant. Caen-la-Mer, qui nous promet des aménagements cyclables régulièrement et a mis cette voie dans ses plans depuis des années, n’a rien trouvé à redire ou à ajouter. Hérouville, qui ne veut pas payer seule des travaux qu’elle estime d’intérêt communautaire, voire départemental, n’a pas réagi. Ainsi donc, et comme (presque) toujours en milieu périurbain, on continue comme avant, malgré la loi, malgré le PDU, malgré les discours et les bonnes intentions affichées. Les automobilistes se réjouiront : les quelques imperfections du revêtement non filtrées par les suspensions ne viendront plus faire tressaillir leurs fauteuils. Les cyclistes peuvent continuer à serrer les fesses !

Les photos (Crédit photo APH)

Jusqu'à la sortie du rond-point de Citis, nous sommes à Caen. La continuité cyclable s'interrompt dès le panneau Hérouville franchi..

Après le rond-point ... plus rien. Pourtant, l’espace ne manque pas ...

... la chaussée elle-même est très large et les bas-côtés enherbés encore plus.

3 commentaires sur Becquerel : 10 ans de PDU et toujours rien !

  • Jean-Noël

    C’est affligeant, en effet. D’autant plus que c’est un axe très fréquenté et que la place existe. Mais supposons que les aménagements cyclables soient réalisés: que feront les cyclistes una fois arrivés sur la D60: 2X2 voies, limite 70 kmh, et aucun aménagement pour les vélos. A mon sens, il faut donc envisager globalement l’aménagement de ces 2 artères. Et là encore, empilement (ou plutôt dilution) des responsabilités: communes, département, agglo…

  • Jérôme

    Précisons en effet que sur la D60 un aménagement cyclable était aussi prévu au PDU de 2001 : les continuités sont en effet nécessaires, tant vers Hérouville que vers Biéville (et là, on nous reparle à nouveau de la liaison interquartiers nord), le chemin de halage-Colombelles, et Caen.
    Précisons aussi que le même PDU, s’il n’avait pas voulu donner à l’agglo la responsabilité de la voirie, donnait quand même à chaque acteur des responsabilités, et qu’en dernier ressort, il appartient au préfet de faire respecter la loi. Or, de toute évidence, celui-ci est plus prompt à réagir sur d’autres terrains… Il laisse donc les responsables de la voirie faire ce qu’ils veulent sans souci du respect des lois…

  • admin

    L’Association Dérailleurs a écrit le 9 décembre à M. Le Président du Conseil Général du Calvados pour lui faire part de son mécontentement suite aux travaux de rénovation de la voirie du boulevard Becquerel. Dans ce courrier, elle signale que non seulement un aménagement cyclable est prévu depuis 2001 dans le PDU, mais que ces travaux ne respectent pas la loi (Article L228-2 du Code de l’Environnement qui stipule que « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines, à l’exception des autoroutes et voies rapides, doivent être mis au point des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants, en fonction des besoins et contraintes de la circulation. L’aménagement de ces itinéraires cyclables doit tenir compte des orientations du plan de déplacements urbains, lorsqu’il existe »). L’Association Dérailleurs demande en conséquence la réalisation des travaux nécessaires et déclare faire appel auprès de M. Le Préfet du Calvados afin qu’il exerce son rôle de contrôle de légalité.