Dérailleurs

SMN, chemin de fer minier et voies vertes …

La plateau de la SMN, hier. Le temps passe et, avec lui, tout s’en va, c’est bien connu. C’est le cas de ces trois lettres, SMN, qui ne signifient plus grand-chose pour les Caennais de moins de trente ans. Les autres gardent le souvenir des soirs où le ciel de l’agglomération se teintait de rouge : « Il y a une coulée à la SMN », disait-on…

La dernière coulée eut lieu le 5 novembre 1993, et l’usine partit pour la Chine. Aujourd’hui, ne subsistent de la Société Métallurgique de Normandie qu’un immense terrain presque vague (progressivement réaménagé) de 160 hectares, témoin de la désindustrialisation, et un réfrigérant, tour ocre qui domine le plateau, aux limites de Caen, Mondeville, Colombelles et Giberville.

L’usine, construite en 1910, avait été implantée au-dessus du canal de Caen à la mer, sur lequel elle disposait d’un port privé. Depuis 1920, un chemin de fer de 29 km la reliait aux mines de fer de Potigny et Saint Germain le Vasson. Les ouvriers venaient à vélo de Mondeville ou Colombelles, et la SMN était aux trois-quarts ceinturée par une piste cyclable.

Le plateau de la SMN, aujourd’hui. La zone est assez inhospitalière pour les cyclistes. Sur les routes, nombreuses, on enregistre une circulation dense et rapide. La piste cyclable venant de Caen le long de l’Orne via Mondeville, en mauvais état, s’interrompt brutalement devant les anciens « grands bureaux ». Côté Colombelles, c’est pire : la piste venant d’Hérouville, toujours signalée comme obligatoire, est dans un état de délabrement honteux, jonchée de détritus et de véhicules en stationnement. Les voies nouvelles qui traversent le site ou le relient au sud de l’agglomération, souvent à deux fois deux voies, sont dépourvues, bien souvent au mépris de la loi, d’aménagements cyclables.

Lors du nettoyage du site, une « allée cavalière » avait été créée, côté ouest, au-dessus de la vallée de l’Orne. Aménagée comme une voie verte en stabilisé, avec tables et bancs, elle offre des vues inédites sur Caen et Hérouville. Elle permettrait une bonne liaison Mondeville-Colombelles, mais n’a jamais été indiquée ni mise en valeur. Elle est aujourd’hui très peu entretenue. Son accès est barré par des buttes de terre et des tranchées pour empêcher l’installation des gens du voyage, et des travaux de construction de logements en cours à Colombelles en ont fait une quasi-impasse. Elle est devenue un terrain d’entraînement pour pitbulls et les bancs qui ont survécu rassemblent, si l’on en croît les bouteilles qui les entourent, des amateurs de bière.

Et demain ? Il suffirait pourtant de presque rien pour que tout change. On est à proximité du chemin de halage, voie verte la plus fréquentée du département, et voilà que Caen la Mer et Plaine sud de Caen viennent d’ouvrir simultanément deux voies vertes, malheureusement non reliées entre elles, sur le tracé de l’ancien chemin de fer minier. On se prend à rêver d’une politique cyclable ambitieuse et cohérente qui pourrait faire de l’ancien réfrigérant de la SMN l’un des grands carrefours du réseau cyclable d’agglomération. Pour l’instant, on en est encore loin, les avancées le disputent aux incohérences, et les nouvelles voies vertes ne permettent de relier que pas grand-chose à rien du tout.

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La Voie Verte de l’ancien chemin de fer minier : côté Caen-La-Mer. Rendez-vous donc au pied du réfrigérant, ou presque : à défaut d’une quelconque signalisation, il sera bien utile pour tenter de repérer le départ de la voie verte. Elle est bien gardée : elle débute incognito sur le trottoir, dans un angle du grand giratoire dit « Normandial », protégée par des blocs de rochers et une barrière. Après quelques dizaine de mètres d’un bitume ayant souffert du passage de quelques racines, on trouve la nouveauté : une belle voie de bitume bien lisse, de largeur confortable (2,50 m. à 3 m.), qui s’enfonce en déblai pour passer sous les routes, puis en contrebas des entrepôts et des jardins ouvriers. Caen la Mer a bien fait les choses : lorsque l’espace le permet, des tables et des bancs ont été installés, à chaque fois accompagnés d’arceaux de stationnement pour les vélos. On émerge à l’approche de Giberville. La vue se dégage sur les lotissements et les zones d’activités. On aperçoit les champs au loin. Quelques sorties vers on ne sait où permettent de quitter la voie. A l’approche de l’église de Giberville, l’ancien pont  de la voie ferré ayant été détruit, il faut descendre du remblai et traverser la route. Des barrières ont été installées. De nombreuses traces dans la terre  prouvent qu’elles sont inadaptées (espace trop restreint et recouvrement trop important empêchent le passage d’une remorque ou d’un tandem et gênent les autres) et inutiles puisque des camions pourraient aussi emprunter le contournement.

On approche de l’arrière, côté est, des parkings et des bâtiments du centre commercial Mondeville 2, que l’on longe jusqu’à la D 613, route de Paris. La voie verte contourne alors par le nord le grand giratoire qui se trouve à cette entrée de l’agglomération et s’interrompt perpendiculairement à l’ex route nationale. On a parcouru 4,3 km.

Rappelons que la voie ferrée, jusqu’à l’orée du 21ème siècle, bénéficiait ici d’un pont. Sa démolition sans raison apparente autre que le bénéfice d’une entreprise de travaux publics et des économies d’entretien n’avait à l’époque pas suscité d’opposition, hormis celle de Dérailleurs, dont les édiles s’étaient gentiment moqués.

La signalisation de police, régulièrement rappelée, est celle d’une voie verte, et c’est justifié, à l’exception de l’entrée côté SMN/Normandial qui présente un panneau « interdiction aux véhicules à moteur » et des logos « vélo » peints au sol.

Il n’existe aucun jalonnement, ni aux entrées, ni aux sorties, ni aux descentes intermédiaires. Pourtant, plusieurs possibilités de raccordement intéressantes existent, mais elles restent inaccessibles aux non initiés… Outre les liaisons vers les pistes caennaises ou le chemin de halage déjà évoquées, on entrevoit par exemple un itinéraire perpendiculaire permettant, au sud du bourg de Giberville, de rejoindre Mondeville d’un côté, et Démouville de l’autre, ou encore une traversée du vaste parking de Mondeville 2 pour rejoindre la Vallée Barrey, Caen ou Cormelles via la passerelle blanche au-dessus du périphérique.

Une voie verte de belle facture, donc, hormis les barrières, mais dont on se demande quel est dans l’état actuel l’intérêt (sauf pour les propriétaires de chiens ou les joggeurs gibervillais).

La Voie Verte de l’ancien chemin de fer minier : côté Plaine Sud de Caen. De l’autre côté de la D613 s’étend le territoire de Plaine Sud de Caen. Cette communauté de communes présente une singularité : elle s’intéresse sérieusement aux vélos, et met en œuvre avec constance un plan d’aménagements cyclables, qui lui a valu en 2011 le « guidon d’or » de l’association Dérailleurs. Ces aménagements sont pour l’essentiel des pistes bidirectionnelles reliant les communes entre elles. De bonne facture en général en section courante (revêtement en bitume), elles sont parfois un peu étroites. Surtout, les entrées/sorties ne sont pas assez réfléchies et présentent trop souvent des difficultés, voire des dangers. On note aussi des aménagements sur trottoirs malvenus, et une mauvaise utilisation de la signalisation « voie verte ». Malgré ces défauts, la communauté de communes présente aujourd’hui un véritable réseau cyclable, unique dans le Calvados et dont la volonté et la persévérance qui en sont à l’origine pourraient  servir de modèle à d’autres, à commencer par la grande voisine Caen-la-Mer.

Le dernier aménagement en date est une voie verte. Elle débute à la sortie de Bourguébus vers Hubert-Folie, sur la piste cyclable longeant la D 89. Une barrière marque l’entrée. Elle ne laisse aux malheureux cyclistes qu’une chicane bien peu pratique. Tandems et remorques seront à la peine. Rappelons qu’il existe un cahier des charges « voies vertes », que les aménageurs feraient bien de consulter, et de respecter !

Après quelques mètres en bitume, le revêtement passe au stabilisé recouvert de graviers fins. Il existe des revêtements plus esthétiques et plus roulants, mais ça reste meilleur qu’un goudron bicouche dégradé, par exemple. Attention toutefois aux dérapages en cas de freinage brusque.

La voie est en remblai sur le tracé de l’ancienne voie ferrée minière et on domine les champs. L’argent qui a manqué pour le revêtement a été utilisé pour l’esthétique et le traitement des abords : les ponts sont en bois, des plantations ont été faites, et l’ensemble est agréable. La signalisation de police est celle d’une voie verte : c’est logique. On trouve des sorties, parfois un peu étroites (pente forte et virages serrés), mais aucune indication de direction.

Après 3 km, tout s’arrête et un panneau planté au milieu du ballast annonce « fin provisoire d’itinéraire ». Une descente permet de rejoindre un chemin de terre qui débouche sur un terrain boueux servant de décharge sauvage… On aperçoit les bâtiments du centre commercial Mondeville 2 : on n’est qu’à quelques centaines de mètres de la voie verte estampillée « Caen-la-Mer » et décrite précédemment.

… et entre deux : le vide ! Las ! On voit difficilement comment ces deux éléments pourraient être raccordés facilement. La voie ferrée, la grosse D613 et la zone commerciale constituent une barrière redoutable, et il faudra sans doute attendre longtemps avant d’avoir une continuité. On peut en revanche rejoindre Grentheville. Mais il faut noter que Grentheville et Bourguébus sont déjà reliées par des pistes cyclables le long des routes. L’intérêt de cette voie verte n’est donc, en l’état, pas évident, mis à part là encore comme lieu de promenade pour les riverains.

Au bout du compte, on peut voir des aspects positifs : la prise en compte du vélo progresse, et la qualité des aménagements s’améliore. Mais ces aménagements nouveaux étaient-ils prioritaires ? Face à l’étendue des besoins dans l’agglomération caennaise, ces deux voies vertes à l’utilité très restreinte en l’état constituent un pied de nez aux cyclistes quotidiens qui attendent désespéramment double-sens cyclables, arceaux de stationnement, autorisations de tourner à droite, zones de rencontre, bandes cyclables… Bref, pour tout dire, un peu plus de considération !

S’il y avait là l’amorce d’un renouveau, le début d’une grande politique en faveur du vélo, on pourrait applaudir. Alors chiche : à quand la mise en place d’un jalonnement directionnel cohérent sur et autour de ces voies vertes ? A quand la construction d’un pont pour permettre la continuité par-dessus la D613? A quand l’entretien des pistes existantes, à Colombelles ou ailleurs ? A quand la nécessaire réflexion pour assurer la cohérence d’un réseau d’agglomération de qualité ?

Finalement, de par leur relative réussite, ces deux voies vertes mettent en évidence le vide au milieu duquel elles ont été construites.

Illustration en photos (Crédit photos : Jérôme et Marc)

La Voie Verte côté Caen-la-Mer du nord au sud (de la SMN à Mondeville 2)

Extrémité nord de la Voie Verte, au pied du réfrigérant.

A la sortie du site de la SMN, un bitume bien roulant.

Entre Colombelles et Giberville, on passe sous les jardins et les usines.

Des sorties vers on ne sait où.

Agréable promenade pour les riverains.

Des barrières mal conçues et inutiles.

On passe en arrière des entrepôts de Mondeville 2.

La voie verte se termine sur la route de Paris.

La Voie Verte côté Plaine Sud de Caen, du sud au nord (de Bourguébus à Grentheville)

Entrée de la voie verte à Bourguébus : une chicane délicate.

Un revêtement qui exclut les rollers et les cyclosportifs.

Les anciennes rembardes en béton ont été remplacées par des gardes-corps en bois.

A Soliers, une rampe en trois tronçons permet de pallier l'absence (provisoire) d'un pont .

A Grentheville, la fin est brutale.

3 commentaires sur SMN, chemin de fer minier et voies vertes …

  • J.N.

    Venant du rond-point Lazarro, la piste cyclable passe à 2 mètres de la voie verte, qu’on aperçoit de l’autre côté d’un merlon en terre, mais pourtant, aucun jalonnemnt permettant d’y accéder simplement. Il faut aller jusqu’au rond-point Normandial, redescendre sur la chaussée, ce qui est très inconfortable, et chercher l’accès à la voie verte à droite de l’entrée du site ex-SMN.

  • Sébastien

    Le raccordement des 2 voies vertes peut se faire en longeant l’allée rejoignant  » leroy merlin  » et ensuite en reprenant l’ancienne ligne SMN … faut juste se donner les moyens !!
    Il y a une sortie interessante ( apres la traversée de la rue de l’église à Giberville quand tu pars de Colombelles ) , elle rejoint d’un côté le centre de Giberville ( en passant par un lavoir … ) et de l’autre côté Mondeville centre .
    PS ; Je trouve que cet article résume vraiment bien la situation … de bonnes intentions , mais cela pourrait ètre tellement mieux avec un peu de concertation … En tant qu’utilisateur , je rêve d’un raccordement avec le chemin de halage digne de ce nom ( soit par le plateau ou par Colombelles ) mais ……
    encore bravo pour cet article 😉

  • sierra

    On ne va pas critiquer ça va dans le bon sens, mais vu le prix et que pour des tronçons j’ai comme un doute sur l’utilité, en plus les revêtements différents merci, il faut sortir en VTT. Et dire que cette ligne privée de chemin de fer avait tous ses ponts qui on étés détruits quel gâchis et on fait ça partout pourvu que le projet Caen Flers voit le jour avant que l’on casse tout.