Dérailleurs

Le « T » passe la Dives

Début juillet 2012 était inaugurée une voie verte Cabourg-Dives, étape symbolique dans la réalisation de la barre horizontale du « T » départemental  prévu au plan vélo du conseil général. Cette réalisation permet un itinéraire presque continu de Caen à Dives. Elle n’est pas isolée : d’autres aménagements existent aux alentours. On peut donc aussi dire que l’Eurovéloroute 4 dans le Calvados présente maintenant un linéaire intéressant, de Dives à Colleville-Montgomery, ou encore que se dessine, via Cabourg, la véloroute des marais de la Dives et Troarn, une boucle d’une journée au départ de Caen, agréable et variée, qu’il faudrait raccorder aux voies vertes de Caen-la-Mer (Giberville). En outre, cet itinéraire est plutôt bien inséré dans le réseau cyclable caennais, et la continuité sera assurée vers le sud et la vallée de l’Orne dès 2013, avec l’ouverture prévue de la première tranche de la voie verte Caen-Flers. Le T est encore bancal, mais il prend forme …

Si les « acteurs touristiques » se saisissaient de ces itinéraires, le secteur de l’embouchure de l’Orne n’aurait pas grand chose à envier à la baie de Somme, par exemple, qui depuis une quinzaine d’années appuie sa promotion touristique sur ses parcours cyclables. Mais nous n’en sommes pas encore là. Il est intéressant aussi de noter que, contrairement à ce qu’on aurait pu croire il y a encore 5 ans, l’itinéraire littoral avance mieux vers l’est et la Côte Fleurie que vers l’ouest et la Côte de Nacre et le Bessin. Pourtant, la présence des cyclistes reste plus importante sur la Côte de Nacre, et l’itinéraire Colleville-Courseulles n’est pas techniquement difficile à réaliser. Sans doute a-t-on affaire à des élus moins demandeurs, voire hostiles, comme à Courseulles où la piste cyclable en bord de mer a été supprimée l’an dernier, ou à Ouistreham où la municipalité reste sur une position très favorable au tout-voiture dans l’organisation de la circulation, et ne semble pas voir l’inconfort (le danger ?) que représente l’état actuel de la circulation des vélos et des piétons aux alentours du port. Et si malgré tout  des aménagements sont réalisés, comme cet été entre Bernières et Courseulles, ils restent ponctuels et sont en général inadaptés, voire non réglementaires.

Pour l’instant, donc, voyons l’itinéraire Caen-Dives.

Un jalonnement perfectible. Le chemin de halage, dit « voie verte Caen-Ouistreham » est parfois victime de son succès et connaît une fréquentation importante, qui n’est problématique que parce que certains utilisateurs s’y montrent assez indisciplinés. Il n’y a rien à redire sur le revêtement ou sur la largeur. Le jalonnement est correct mais minimum. On peut noter que, depuis le printemps, la ville d’Hérouville St Clair y a marqué son territoire en apposant des panneaux. On peut espérer que cette initiative se développe, et que s’y ajoutent des indications vers les sorties intéressantes pour les cyclistes (Hérouville centre, Colombelles, Lébisey, Blainville, château de Bénouville…), mais aussi un jalonnement de rabattement (comment rejoindre la voie verte depuis Blainville ?), et l’ajout, dès le départ de Caen, de la mention de Cabourg, par exemple.

A Bénouville, le chemin de halage rejoint l’itinéraire européen EV4, malheureusement encore virtuel et qui mériterait d’être indiqué sur les portions opérationnelles.
La traversée de la D514 vers Ouistreham a été améliorée par la réalisation d’un plateau surélevé, mais le passage est toujours gêné par la terrasse très envahissante du célèbre café Gondrée, qui semble profiter de sa renommée pour outrepasser ses droits. Si les petits panneaux du chemin de halage sont peu visibles lorsqu’on arrive transversalement (il n’est pas rare de voir des cyclotouristes de passage poursuivre leur route vers le giratoire et la 2×2 voies…), ils ont le mérite d’exister : aucun panneau ne vante les charmes de l’itinéraire de la Côte Fleurie, et c’est dommage.
 Pas d’aménagement sur Pegasus Bridge où la vitesse est maintenant limitée à 30. C’est un progrès, mais c’est bien une véritable zone trente, voire une zone de rencontre, qu’il faudrait aménager dans ce passage très fréquenté, et de manière très diverse, tant par les touristes que par les cyclistes ou encore les convois exceptionnels qui n’ont pas accès au boulevard périphérique…

Véloroute de la Côte Fleurie. La piste cyclable qui débute à l’est du pont est correcte. La traversée du carrefour giratoire et l’arrivée sur le pont de Ranville mériteraient cependant des améliorations, mais ce n’est pas prioritaire. 
Le jalonnement reprend après le passage du pont sur l’Orne, mais il faut être très attentif. On notera que commence ici la « véloroute de la Côte Fleurie », alors qu’on verra sur le nouveau tronçon Cabourg-Dives un « itinéraire littoral » : une harmonisation est nécessaire, et, une fois encore, la mention de l’Eurovéloroute 4 serait la bienvenue.
 La voie verte sur la rive droite de l’Orne était en très mauvais état au printemps 2012, après le passage d’engins rendu nécessaire entre autres par la réparation d’un passage qui s’était effondré dans le fleuve. Des retouches cosmétiques et un entretien des abords ont été réalisés, ce qui la rend de nouveau praticable, en tout cas par temps sec. Les jours d’affluence, la largeur est insuffisante.

Un entretien insuffisant. A Sallenelles, le revêtement s’améliore progressivement, mais on note que rien n’est entrepris pour éviter le grignotage progressif de la voie par la végétation. Cela commence à poser problème, et même la piste cyclable en enrobé qui suit la D514 vers Merville n’a par endroits qu’une largeur utile à peine supérieure au mètre. C’est insuffisant et dangereux, et il est dommage de constater la dégradation rapide pour cause d’entretien insuffisant d’une réalisation  de bonne facture.
 A noter : malgré l’interdiction qui leur est faite, des cavaliers utilisent régulièrement ces voies. C’est un problème.

Merville-Franceville. Après un beau parcours nécessitant une vitesse réduite et une attention soutenue pour cause de largeur parfois insuffisante, on débouche sur le parking de la plage de Merville-Franceville. Ce débouché n’est pas clair, et les panneaux semblent indiquer aux cyclistes qu’ils doivent emprunter le trottoir. Il faudrait clarifier la situation, et entretenir le jalonnement qui permet, quand on est attentif et qu’aucun panneau ne manque, de rejoindre la D514 à la sortie de la commune par des rues supposées « tranquilles ». 
Comme toutes les communes littorales, Merville devrait s’interroger sur la place de la voiture : est-il normal que les plus beaux endroits soient transformés en parkings ? 
La réalisation d’un itinéraire cyclable devrait avoir pour conséquence de reposer partout la place respective des différents moyens de transport, et non seulement de dégager un corridor à peu près sécurisé pour les vélos.

Une « Voie verte » pas si verte. Des travaux ont permis  l’an dernier d’assurer la liaison Merville-Le Hôme Varaville, en créant au sud de la D514 une voie bidirectionnelle en enrobé. Celle-ci est confortable et ne se voit opposer comme reproche que son statut. En effet, alors que c’est logiquement une « piste cyclable » qui quitte Merville, on se retrouve rapidement sur une « voie verte », ce qui n’est pas une utilisation réglementaire de cette dénomination, mais semble pourtant devenir une habitude bien établie au conseil général…
 Elle s’interrompt à l’entrée du Hôme. Il ne sera pas facile de trouver une solution intéressante pour assurer ici une continuité : la circulation est dense et la route étroite. Cette rupture d’itinéraire risque donc de durer…

A Cabourg, c’est le vélo qui est dangereux. Il faut être très attentif pour, après quelques centaines de mètres et au niveau de la mairie, repérer à gauche des logos peints au sol et indiquant la reprise de l’itinéraire. La mise en place de panneaux est indispensable, d’autant que les petites rues empruntées sur ce tronçon sont très agréables. L’arrivée à Cabourg se fait sur l’Avenue des Devises. A droite débute la véloroute des marais de la Dives, et on ne le remarque pas assez. L’itinéraire littoral, lui, prend à gauche et longe la mer sur une piste cyclable très correcte. 
Cette piste quitte la digue un peu plus loin. Un itinéraire jalonné par des logos peints au sol prend le relais. Il pourrait être très agréable, et intéressant, car on découvre là l’intérieur de la station et de bien belles villas. Mais il est difficile à suivre, n’empruntant pas les mêmes rues dans les deux sens (pour cause de sens interdits et de refus des double-sens cyclables…), et soumis à la pression constante des voitures (sauf devant le grand hôtel, belle petite parenthèse dans un monde de pots d’échappement). 
Comme à Merville et comme au Hôme Varaville, des panneaux et une remise en cause de la place envahissante de la voiture sont ici nécessaires.
 A noter : la municipalité envisage de créer une autre portion de piste cyclable sur la digue. Ce projet est soumis à une forte opposition de la part de certains Cabourgeais pour cause de « danger ». On aimerait entendre les mêmes s’indigner du stationnement anarchique ou de la vitesse excessive des véhicules motorisés…

Cabourg-Dives mais sans le pont. Il est possible, au niveau de Cap Cabourg, de traverser la Dives sur une passerelle et de rejoindre Port Guillaume. Mais celle-ci est étroite et privée : le conseil général a préféré faire passer l’itinéraire littoral sur le pont automobile, un peu plus au sud. Pour cela, une voie verte a été créée. Elle offre de belles perspectives sur le fleuve.
 Le revêtement stabilisé, acceptable dans une optique « loisirs », n’est pas ici un bon choix. En effet, la problématique est plus complexe : on est en milieu urbain, cette voie aurait dû être aussi réfléchie  dans une logique de déplacements, et même d’intermodalité (Cabourg/Dives, mais aussi Cabourg/La gare). Ce revêtement, déjà moins confortable à l’origine que le revêtement sablé du parcours de la baie de Sallenelles, est en outre martelé (et sali !) par le passage répété des chevaux, surtout côté Cabourg, alors que l’interdiction n’est clairement rappelée que sur la rive divaise. Si rien n’est fait, cette portion sera bientôt sinon inutilisable, en tout cas inutilisée, les cyclistes préfèreront la proximité des voitures sur la route parallèle à l’inconfort de cette voie (trop) verte… Dommage !
 Quant au passage du pont, c’est une grande hypocrisie : la voie verte s’arrête avant, et les cyclistes ont deux possibilités : ils peuvent tenter de s’insérer dans le trafic, traverser le pont avec les voitures et tenter de traverser ensuite (rien n’est prévu pour le faire) pour retrouver la voie verte côté Dives, ou traverser à pied sur le trottoir. Bien évidemment, la plupart d’entre eux choisissent une troisième solution et passent le pont à vélo sur le trottoir … Cette situation n’est pas satisfaisante.

Un itinéraire qui marque une évolution. La voie s’arrête sur un parking (et même sur ce qui ressemble à une place de parking : il faudrait mieux le marquer pour éviter que la sortie soit bloquée par un camping car) à proximité de Port Guillaume, et un panneau indique « itinéraire littoral, fin provisoire d’itinéraire ».
 Malgré ses nombreux défauts et le manque regrettable d’une continuité au Hôme Varaville, cet itinéraire est intéressant. Lorsqu’on arrive à Dives, on a le sentiment, assez rare en France, d’avoir roulé sur une véritable véloroute, variée et globalement agréable. Il marque une évolution, et on peut espérer que, par contagion, il donne envie aux autres communes littorales de voir les projets se réaliser aussi sur leurs territoires.
 « C’est un début, continuons le combat », aurait-on pu dire dans d’autres temps.
 Il va aussi être intéressant de voir à quel rythme va se poursuivre l’expansion vers l’est… En effet, le travail sera techniquement plus complexes (relief, urbanisme…), et les pessimistes se rappelleront qu’un des maires de la côte avait répondu autrefois à la demande de Dérailleurs : « les résidents secondaires viennent en voiture, ils ne sont pas intéressés par des pistes cyclables ». Ce maire est toujours là,  reste à savoir si les résidents secondaires, eux, n’ont pas changé d’avis…

Voir aussi notre article : Plan vélo départemental du calvados, où en est on et aussi notre page sur l’Eurovéloroute EV4 Roscoff-Kiev

Le résumé en photos. Crédit photo André-Pierre

 

4 commentaires sur Le « T » passe la Dives

  • Sébastien

    Bon reportage . Il y a encore des efforts à faire de la part des municipalités mais dans l’ensemble c est super cette véloroute !!!

  • sierra

    J’ai fais la balade vendredi sous un beau soleil, j’ai juste fait une infraction à Cabourg j’ai pris la digue (c’est plus jolie) j’ai fait une belle balade mais il reste des efforts à faire sur l’entretient des voies, c’est pas le tout que de créer encore faut il entretenir, j’ai pris la piste des 4 roues trop souvent à mon goût surtout sur Franceville. C’est aussi ce que je reproche à Caen par exemple derrière le hangar à Sel sur le port la piste soufre du manque d’entretient en plus le conteneur à verre le long de la piste cyclable il fallait y penser. Bref le vélo c’est encore fait pour la promenade pas pour le travail du moins pour nos service municipaux.

  • Jérôme

    Deux nouvelles depuis la parution de cet article :
    -Une amélioration du jalonnement au niveau de Pegasus (panneau vélo vers « Merville-Franceville ») et une modification de la signalisation de police (panneau « voie verte » remplaçant panneau « piste cyclable » : ici, c’est conforme à la réalité)
    -Abandon du projet de piste sur la digue à Cabourg, sous la pression d’une association de « défenseurs des piétons ». On attend maintenant avec impatience que lesdits défenseurs des piétons pétionnent pour libérer les trottoirs de Cabourg des voitures qui s’y garent abusivement et militent pour permettre aux piétons (et pourquoi pas aux cyclistes ?) de circuler paisiblement dans la commune…
    Un avis sur le commentaire précédent :
    Tout à fait d’accord sur le manque d’entretien quasi généralisé des aménagements cyclables.

  • sierra

    Je prends le risque d’être un peu lourd, mais je voudrai revenir sur l’entretient des pistes cyclables sur mon trajet, j’en suis à 3 pneus (Hutchinson Equinox)12€00 morts pour causes de coupures profondes, je trouve la note lourde pour un manque d’entretient de voies cyclables qui démare d’un pont de l’Orne Alexandre Stirn jusqu’à l’entrée de la voie verte du canal. Je sais pas si je vais pas voir mon Maire pour lui en demander le remboursement (It is à joke), bon ride à tous.