Dérailleurs

« Le maire Poulard » n’aime pas les vélos !

Accès des vélos au Mont-Saint-Michel : le loup est sorti du bois.
Dérailleurs vous relate depuis juin dernier cette affaire qui oppose le Syndicat Mixte d’aménagement de la Baie du Mont Saint Michel aux cyclistes représentés par l’Association Vélocité d’Avranches. Rappelons les faits : dans le cadre de l’opération de rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel, les parkings situés au pied du Mont sont supprimés, un pont-passerelle remplace l’actuelle digue-route et des navettes sont mises en place entre le Mont et les nouveaux parkings situés à 2,5 km.

Le Mont interdit aux vélos. Dès le départ de l’opération, le Syndicat Mixte a décidé qu’au même titre que les voitures, les vélos ne seraient pas autorisés à accéder au Mont. Les cyclistes, association Vélocité en tête, se sont opposés à cette interdiction. Soulignons, afin d’éviter un malentendu apparu pendant la dernière campagne de pétition, que les cyclistes ne veulent pas accéder DANS le Mont mais continuer à accéder AU PIED du Mont. Pour ceux qui en connaissent bien la configuration, accéder dans le Mont n’a d’ailleurs aucun sens.

Une étude favorable aux cyclistes. Sous la pression des cyclistes, le Syndicat Mixte a accepté de ré-étudier le dossier et a commandé une étude technique au cabinet Indiggo-Altermodal. Cette étude a conclu sans ambiguïté en faveur d’une ouverture de la voie d’accès aux cyclistes hors périodes de haute fréquentation.

Le Syndicat Mixte persiste et signe. Malgré cette étude plus que favorable, le comité de pilotage réuni le 5 décembre en a décidé tout autrement et a maintenu sa position scandaleuse d’interdiction totale avec, dans l’ordre décroissant de ses arguments :

  • l’interdiction d’accès des véhicules est générale. pas question de faire exception pour les vélos.
  • impossible de stocker 200 vélos au pied du mont.
  • cohabitation difficile avec les piétons sur la passerelle en haute saison.

Vélocité ira au tribunal administratif. Réuni le 19 décembre, le conseil d’administration de Vélocité a autorisé à l’unanimité son président Jean-Michel Blanchet à contester devant le tribunal administratif l’arrêté d’interdiction dès qu’il sera publié. Un communiqué de presse a été diffusé dans ce sens le 2 janvier.

La « patate chaude ». La réaction ne s’est pas faite attendre, et on commence à y voir plus clair. C’est ce que relate La Manche Libre dans un article intitulé : « Vélos au Mont Saint Michel : la patate chaude ». En effet, Laurent Beauvais, président du Conseil Régional et président du Syndicat Mixte, se trouve dans une position très délicate qui frise le grand-écart. D’un côté il se targue de devenir la première vélo Région de France et faire la part belle au vélo-tourisme et d’un autre côté il interdit l’accès au joyau de ce même tourisme. D’où le dernier communiqué du Syndicat Mixte qui se dit favorable à l’accès des vélos au Mont Saint Michel en période de faible et de moyenne saison. Cette position a été présentée au comité de pilotage du 5 décembre, proposant même une période d’observation.

Mais cette possibilité lui a été refusée par Eric Vannier, le maire du Mont Saint Michel, fort de sa compétence de police sur le territoire. L’arrêté qui interdira l’accès des vélos au Mont Saint-Michel sera donc un arrêté municipal. Et là, d’un seul coup, on comprend mieux ! Le loup est sorti du bois. La décision finale appartient au maire du Mont Saint Michel, à la fois juge et partie. Rappelons ici, que le maire du Mont Saint Michel n’est autre que le propriétaire de la marque « Mère Poulard » (galettes au beurre, cidre, oeufs …), propriétaire de la totalité du groupe qui comprend 17 établissements (dont l’auberge La Mère Poulard), soit près de la moitié des commerces, restaurants et hôtels du Mont. Que le premier magistrat d’une commune soit autant impliqué dans la vie économique de la collectivité qu’il se doit d’administrer avec impartialité et dans le souci de l’intérêt public … on n’est jamais très loin du conflit d’intérêt.

Monsieur le maire, et à travers vous, mesdames et messieurs les commerçants où est donc le problème ?

Un problème économique ? Les cyclistes n’apportent rien à vos commerces ? Les vélo-touristes ne sont aucunement des traîne savate sans pouvoir d’achat. Rappelons encore une fois les données qui nous viennent de la Loire à Vélo : un vélo-touriste dépense en moyenne 68 euros par jour en repas, hébergement et autres achats. Le vélo-tourisme est un mode de vie qui n’exclut aucunement de manger au restaurant et de dormir à l’hôtel. Le vélo-touriste n’est pas pressé comme ces hordes de touristes japonais qui enchaînent les visites au pas de course … touristes qui risquent d’ailleurs de ne plus venir compte tenu des 800 m de marche à pied que vous allez leur imposer.

Un problème de sécurité avec les autres usagers de la passerelle ? Le rapport Indiggo-Altermodal que vous avez commandé dit exactement le contraire sauf pour quelques journées de forte fréquentation en haute-saison. Vélocité a toujours admis une restriction d’accès à ces périodes de forte affluence.

Un problème esthétique ? Les quelques vélos stationnant au pied du Mont viendraient altérer l’image de ce patrimoine mondial de l’UNESCO ? Voila un argument à faire s’étrangler de rire tous ceux qui ont déjà arpenté la Grande Rue et son incroyable « souk » où sont exposés et mis en vente quantité d’articles « made in China » au goût plus que douteux (voir l’article Mont-Saint-Michel, la face cachée d’une machine à fric sur capital.fr)

Allez, Maire Poulard, votre prévention à l’encontre des cyclistes date d’une autre époque. Prouvez-nous que nous avons tort et écoutez la voix de vos partenaires des Régions et de l’Etat qui ont investi l’argent de nos impôts dans cette opération pharaonique qui risque bien de vous rapporter gros, très gros.

Pour aller plus loin, on lira avec attention nos derniers articles sur le sujet :

le mont-saint-michel interdit aux vélos

mont-saint-michel : succès de la convergence

… et les derniers articles de la « Presse de la Manche »

Interdiction des vélos au Mont : Vélocité attaque en justice

Vélos au Mont Saint Michel : la patate chaude

Interdiction des vélos au Mont : Vélocité se braque

… mais également, si vous en avez le temps, l’étude du cabinet Indiggo-Altermodal dont on se demande pourquoi elle a été commandée. Charger l’étude (6,7 Mo).

4 commentaires sur « Le maire Poulard » n’aime pas les vélos !

  • Isabelle CLAUDE

    Bonjour,

    Pour une bonne entente avec nos amis japonais qui viennent de plus en plus visiter notre pays en séjour individuel, je ne qualifierai pas le pays d’origine des touristes.
    Merci
    Isabelle

    • André-Pierre

      C’est vrai, ils ne sont pas que japonais. J’aurais donc dû écrire : « ces hordes de touristes qui enchaînent les visites au pas de course ». J’avoue m’être laissé influencer par les articles de presse qui, relatant le problème qu’allaient poser les 800 m à pied, ont surtout parlé des touristes japonais. D’ailleurs, ces touristes japonais ne représentent que 10% des 3 millions de visiteurs du Mont Saint Michel … soit autant que les visiteurs utilisant les « modes doux » de déplacement selon l’étude Indiggo-Alermodal.

  • blaudy

    ça alors ! inoui ! moi je me déplace à vélo ! le mt st michel je connais ! et pour y etre allé plusieurs fois à vélo en pleine saison ! et avec mon épouse !
    arrivé auprés j’y ai toujours consommé qq chose pour y continuer ma route ! jamais trouvé encombrement!ya de l’abus.
    pour ma part c’est la navette que j’interdierais !les autres sites protégés de france sont accessibles à pieds et à vélo !qu’on se le dise ! c’est donc PRIVE ! boycotons !
    je suis de provence et j’espere bien y retourner au mont!
    quelle stupidité! les élus ont l’habitude de se déplacer le cul dans une belle auto !dites leur!
    merci de me tenir au courant. bon courage à vous et protestez fort! BP

  • JOURDAN Maxime

    Bonjour, je suis étudiant et fais un mémoire sur l’accès au Mont Saint Michel. L’interdiction du vélo sur le pont passerelle est l’une de mes problématiques. J’aurais aimé m’entretenir avec vous pour avoir votre avis bien qu’explicite dans l’article sur cette interdiction. Il est vrai que c est surprenant dans un projet qui se veut environnemental d’interdire un moyen de mobilité douce. Mais d’un autre côté le problème est plus une fois le cycliste arrivé au pied du Mont où met il son vélo? Faut il refaire un parking au pied du Mont?ce qui reviendrait à faire un pas en arrière par rapport aux objectifs du syndicat. De plus si comme vous l’avez dit dans les commentaires précédents les cyclistes ne représentent que 10% des visiteurs du Mont Saint Michel. Est ce suffisant pour entreprendre des travaux supplémentaires? Voila quelques questions que je me pose. Je vous prie de bien vouloir croire que je ne prend pas le parti du Syndicat Mixte mais écrivant un mémoire je me dois d exposer les idées des deux partis et c est pour cela que je vous sollicite et aimerait connaître votre avis sur les différentes problématique que je viens d’exposer.
    Bien à vous.